Octave PIRMEZ

Il m’a semblé intéressant de vous présenter un article relatif à Octave PIRMEZ, publié dans la presse régionale en date du 27 janvier 1904.

Nous signalions récemment dans le dernier fascicule de la « Biographie PIRMEZ » la notice consacrée à Octave PIRMEZ par M. Maurice WIMOTTE, au moment où l’association des écrivains belges prépare une anthologie de cet écrivain, du châtelain d’Acoz, comme on se plaît à l’appeler, l’esquisse de sa vie est d’actualité, et elle offre d’autant plus d’intérêt qu’elle implique en quelque sorte l’appréciation de ses œuvres, aussi, nous en tenons-nous là, quelle que soit la valeur de ce compliment :

Octave PIRMEZ, écrivain, né à Châtelet, le 19 avril 1832, mort à Acoz, le 30 avril 1883, d’un père gentilhomme campagnard, dont l’unique plaisir était la chasse, et d’une mère chrétienne et lettrée, qui exerça sur l’éducation de ses fils une influence considérable. Il avait deux frères, dont l’un, Emile PIRMEZ, fut le père de Maurice PIRMEZ, et dont l’autre, Fernand, mourut comme lui, célibataire à l’âge de 28 ans et, comme lui, consacra sa vie à l’étude et à la méditation.

Octave PIRMEZ éprouva, dès l’enfance, un goût intense pour la solitude et les plaisirs de la vie agreste. Il nous rapporte qu’il passait tout son temps « à errer dans un vaste jardin dont la vue s’étendait, au loin, vers le village de Pont-de-Loup ». Et il ajoute : « Vagabonder par les prés, le long des eaux courantes, tout observer, jusqu’au balancement insensible des herbes, me causait un charme indicible. Mais les instincts meurtriers, naturels à l’enfance libre, le mêlaient parfois à ma curiosité… plus tard, ces instincts se développèrent en une passion pour la chasse que je ne pus jamais maîtriser ».

Il accompagnait son père dans ses pérégrinations à travers bois, et, déjà curieux des choses de la nature, il notait dans son « cahier d’histoire naturelle les ruses des lièvres, des renards et des belettes » ; il y faisait « des illustrations, et toutes les marges étaient ornées de vignettes » ; il y notait le passage des oiseaux de tenderie, les époques de l’an où les chanteurs ailés des bois viennent en dissiper la mélancolie : « C’est en ces heures-là, je crois, que je m’enamourai de la nature au point de vouloir un jour exprimer ses attraits par ma plume. Que m’importait alors la vie des hommes illustres de Plutarque. La biographie et les faits et gestes de Chareau, Ramette, Rustaud, Blandier étaient pour moi d’un bien autre intérêt ». Ainsi s’expliquent les pages descriptives qui, dans sa correspondance, et particulièrement dans « les Lettres à José », se mêlent aux effusions tendres et aux réflexions graves ; ainsi s’expliquent aussi, dans ses recueils de pensées, les nombreuses comparaisons et métaphores empruntées à la nature, aux plantes, aux arbres, aux animaux.

L’éducation d’Octave ne ressembla guère à celle des jeunes gens de sa classe et de son âge. Elle fut libre et spontanée, à l’exception d’une année d’études qu’il fit au Collège Saint-Michel, à Bruxelles, et dont il semble avoir conservé un souvenir plutôt amer : « C’était mon chagrin de ne plus voir s’étendre devant mes pas un vaste espace pour m’y livrer à mes courses folles, comme je l’avais fait si souvent dans un véritable délire de liberté, et me sentant comme des ailes aux pieds… Je ne fus pas un brillant élève. Mon imagination était trop ardente, mon esprit d’observation trop éveillé, ma préoccupation des caractères trop constante pour que je pusse réciter de longues pages de mémoire.

La musique me fut une consolation. J’avais obtenu d’y consacrer une heure par jour, et plusieurs fois par semaine je recevais des leçons de professeurs du conservatoire ».

Dans « Un Regard sur ma Vie », PIRMEZ nous apprend qu’il devint, de la sorte, dès l’âge de 12 ans, un petit virtuose, dont la précocité étonnait un auditoire d’amis : « Plus tard, je ne voulus plus d’auditoire, et je m’enivrais seul dans mon ramage. Je me sentais transfiguré par la vibration de mes cordes, qui traduisaient avec violence une émotion intime – l’âme chante avant de pouvoir exprimer – et mes émotions étaient partagées par celui dont j’étais l’élève, âme ardente et bien née de la musique, le seul art dans lequel on puisse faire vivement ressentir toute sa tendresse et son humanité ».

Ses parents consentirent à le retirer du collège et à le confier à un précepteur, « ancien professeur de poésie dans un séminaire », qui fut pour lui « plutôt un ami qu’un maître ». Il devint bon latiniste ; en revanche, il n’eut jamais qu’une connaissance superficielle et très incomplète des langues et des littératures modernes ; on ne peut même excepter tout à fait la littérature française, où ses lectures se restreignirent à certaines catégories d’œuvres qui lui plaisaient, parce qu’elles étaient en conformité, soit avec ses convictions religieuses, soit avec son tour d’esprit. Dans ce nombre, sont « les Essais de Montaigne, les pensées de Pascal » pour lesquels il eut une prédilection particulière, certains écrits de Bossuet et des apologistes chrétiens, et parmi les modernes, Chateaubriand, Lamartine et Victor Hugo, qu’il aima et dans l’intimité de qui il vécut longtemps. Il confesse aussi avoir, dans sa jeunesse, connu des poésies de Heine et de Baudelaire, mais il en vint à les détester, comme, en général, toutes les œuvres dont le pessimisme ou l’ironie lui paraissaient malfaisants. Son antipathie pour Béranger, qu’il apparie toujours au latin Horace, procédait de motifs analogues. Il n’avait guère lu les grands romanciers du 19e siècle, et il s’en consolait aisément. Son exclusivisme n’épargne ni Corneille, ni Racine, ni Molière; de même les grands classiques du 18e siècle doivent l’avoir laissé indifférent, et, lui qui a tant d’obligations à J.-J. Rousseau et qui offre tant d’affinités de nature avec l’auteur d’ « Emile », le nomme au plus une ou deux fois dans ses écrits. Des retranchements si considérables, et qui étaient volontaires, ne pouvaient ne pas influer sur le cercle de pensées où se mut Octave PIRMEZ, il en advint, comme de nécessité, qu’il fut un contemplatif, tourné vers le divin, vers la nature et d’une sensibilité directe et toujours éveillée ; qu’il n’eut guère d’attraction vers l’artificiel dans les arts, et vers les créations fines, gracieuses, ornées et complexes, dont le talent est la source unique.

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© Alain GUILLAUME – 6 juillet 2025.

 

 

Acoz et Lausprelle dans la presse régionale en 1945

Tous ces articles ont été puisés dans la « GAZETTE DE CHARLEROI » et le « JOURNAL DE CHARLEROI ».

 

9 janvier 1945

CONSEIL DE GUERRE

Samedi 13 janvier 1945 : Eugène WAUTELET, rue Charnoy à Acoz, pour recel d’essence américaine.

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27 avril 1945

PINCÉ EN FLAGRANT DÉLIT

Roger GENOT, rue Pré Barré 1 à Joncret, travaillant au dépôt américain d’Acoz, a été surpris par la police militaire alors qu’il était en train de voler des marchandises. Il a été mis à la disposition de M. l’Auditeur Militaire.

Précisions

Suite à la libération de septembre 1944, le site des anciennes usines de Moncheret est occupé  par l’armée américaine qui y installe un dépôt de ravitaillement. Capturés après les débarquements de Normandie (juin 1944) et de Provence (août 1944) et lors de l’avancée des Alliés sur le continent européen, des prisonniers de guerre allemands, jeunes pour la plupart, y sont occupés. A la fin du conflit, certains ne sont pas rentrés en Allemagne et sont restés dans la région où ils ont trouvé de l’emploi et fondé une famille. De même, certains civils des alentours d’Acoz ont également travaillé pour les Américains.

Lucien SAINTHUILE m’avait raconté que l’armée américaine était dotée de gros camions de marque GMC et BEDFORD pour le transport des marchandises de ravitaillement. Ils étaient conduits par des soldats noirs qui roulaient fond de train à travers les rues du village.

Joseph VANDENBOSCH avait racheté un de ces camions. En 1955, en descendant la rue du Madjuster (actuellement rue du Centre), les freins ont lâché, l’engin a traversé l’actuelle rue de Moncheret pour terminer sa course contre le bac en pierre posé sur le trottoir de mon actuelle habitation (n° 24). Une pompe était fixée à la façade. On y distingue toujours la pierre dans laquelle était scellée cette pompe.

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28 avril 1945

NECROLOGIE

Funérailles officielles d’un héros de la résistance

Les funérailles officielles d’Albert QUINET, né à Acoz le 1er juillet 1901 et fusillé par les Allemands le 29 mai 1944, inhumé au charnier de Jumet, auront lieu le samedi 28 courant, à 10 heures, à l’église Saint-Antoine de Charleroi Ville-Basse.

Les membres des groupements de résistance du bassin de Charleroi sont priés d’assister nombreux à l’enterrement d’un camarade de combat.

Réunion à la mortuaire : Maison NICETTE, place Albert 1er 21, Charleroi, à 9 heures 30.

Cet avis tient lieu de faire-part.

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23 mai 1945

Nous apprenons la mort de Monsieur le Baron Hermann PIRMEZ, décédé au camp de Dachau (Allemagne). Une messe a été chantée pour le repos de son âme le mardi 22 courant à 9 heures, en l’église Saint-Martin, à Acoz.

Ce présent avis tient lieu de faire-part.

Château d’Acoz.

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17 juin 1945

SOUVENIRS DE 1940

Le Baron de DORLODOT nous adresse une nouvelle lettre :

Acoz, le 14 juin 1945

Monsieur le Directeur,

J’apprécie, croyez-le bien, la courtoisie de vos commentaires. Mais que vous êtes mal informé à mon sujet ! Et comme vous devriez lire les Annales Parlementaires… Je suis donc obligé, une fois de plus, de vous demander de faire paraître, dans votre journal, une rectification à la place occupée par votre réponse.

Et tout d’abord, si je n’ai usé du terme « suspect » à l’adresse de « Voilà », c’est par déférence pour « La Dernière Heure », puisqu’elle croit pouvoir se réclamer de cette publication pour attaquer un parlementaire.

Ceci dit, et à l’opposé de ce que vous pensez, je n’éprouve aucune « horreur » pour la démocratie. Je suis au contraire si attaché au parlementarisme que j’ai souvent déploré son mauvais fonctionnement. C’est ainsi que j’ai pu dire, notamment au Sénat, le 17 juillet 1936 : « que de tous les moyens inventés à ce jour pour gouverner les peuples, le régime parlementaire pourrait bien être le moins mauvais. Je regretterais sa disparition, ajoutai-je, car à mon sens le plus honorable des modes de gouvernement et ce serait, en même temps, le moins mauvais, si chacun prenait sa tâche au sérieux ».

J’en viens pour terminer à ce que vous écrivez au sujet de la publicité de « La Dernière Heure », que j’apprécie à sa juste valeur. Vous me soupçonnez, à tort, de vouloir l’utiliser gratuitement, car… j’en n’ai pas besoin. En effet, par suite de la pénurie de papier, qui limite le tirage de mes livres, les quatre premières éditions ont été épuisées, chez l’éditeur, dès leur sortie de presse. Il est permis de penser qu’il en sera de même pour le prochain volume, qui traitera de Limoges et de la capitulation. Toute réclame est donc superflue… même dans « La Dernière Heure ».

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments distingués.

                                               (signé) Baron René de DORLODOT.

Nous nous félicitons d’avoir provoqué cette déclaration d’attachement au parlementarisme.

Nous espérons qu’il durera toujours et que nous verrons, le cas échéant, Monsieur de DORLODOT, se signaler comme adversaire de l’absolutisme.

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21 juillet 1945

AVIS INDIVIDUEL

Je soussigné DUBOIS Gilbert, rue des Ecoles 188 à Acoz, prisonnier politique rentré le 6 mai, ne reconnaîtrai pas les dettes que ma femme PIRLET Marguerite a pu ou pourrait contracter. Celle-ci ayant quitté le domicile conjugal le 22 mai 1945.

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27 juillet 1945

ACOZ-LAUSPRELLE : UN ÉVÉNEMENT BALLANT

Nous ne doutons point que ce sera un grand événement sportif ce grand concours de jeu de balle au tamis qui, dimanche prochain 29 juillet à Lausprelle, à l’occasion de la ducasse, opposera Biesme et Hanzinne nouvellement reconstituées avec des jeunes qui promettent encadrant des chevronnés excellents de la Ligue de l’Amateurisme, à notre jeune équipe dans laquelle nous retrouverons  Jules NICOLAS, champion de 1ère catégorie B de 1941 et Fernand ADAM de la fameuse équipe de « Mouchets » des environs de 1930, épaulés par un « trio » qui s’est fait du bras et de la main à la pelote… et qui prend actuellement le tamis et le gant de corne.

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14 août 1945

UN COSTUME COMPLET ET DES CHAUSSURES

Le service d’intendance de l’armée va se charger de distribuer à chaque prisonnier de guerre non de carrière, y compris les officiers de réserve, le tissu et les accessoires nécessaires à la confection d’un costume civil et une paire de souliers. Il importe que les intéressés fassent connaître de toute urgence la pointure des souliers qui leur conviennent en mentionnant leurs nom, prénom et adresse exacte. Le bureau de comptabilité militaire établi au 51 rue de l’Usine à Couillet est chargé de recueillir les renseignements des prisonniers habitant les localités de la région.

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27 août 1945

AVIS AUX FORAINS

Les forains désireux d’obtenir un emplacement pour les Fêtes de la Victoire des 15, 16, 17 et 19 septembre sont priés de faire parvenir leur demande au plus tôt au comité organisateur, rue de Villers 107 à Acoz.

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6 septembre 1945

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15 septembre 1945

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23 septembre 1945

ACCIDENT DANS LA COTE D’ACOZ

Dans la côte d’Acoz, entre Acoz et Gerpinnes, un camion de la firme GAROT-DELIRE de Châtelet est entré en collision avec un tombereau de betteraves. Le convoyeur de ce tombereau, Monsieur Georges BERGER, d’Acoz, assez grièvement blessé aux jambes, a été transporté à l’hôpital de Gilly.

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23 novembre 1945

CONSEIL DE GUERRE DE CHARLEROI

Adolphe PETINIOT, 21 ans, rue des Dames 52 à Acoz-Lausprelle, SS Wallonie, est condamné à la détention perpétuelle.

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8 décembre 1945

ACOZ – NOS ROUTES

Par ces temps de gel et de neige, les routes glissantes sont un danger pour la circulation. Pendant l’occupation, le service communal intéressé avait à sa disposition de la fine cendrée pour remédier à cet état de choses. A présent, l’administration communale se désintéresse complètement de la sécurité du public.

ACOZ-LAUSPRELLE – ON ATTEND

La population est étonnée que les services compétents n’aient pas encore, depuis le 4 octobre, fait le nécessaire pour la distribution des pommes de terre. Est-ce la répétition de l’année écoulée ? La population souhaite un peu plus de conscience et de célérité de la part des responsables, dans l’exercice de leurs fonctions.

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12 décembre 1945

ECLAIRAGE PUBLIC

Notre commune est une des dernières si pas la dernière de la région où l’éclairage public n’est pas encore rétabli. Ceux qui dirigent la commune et qui se croient seuls compétents et indispensables ne pourraient-ils pas s’en occuper ?

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15 décembre 1945

MONSIEUR LE BARON N’EST PAS CONTENT

Monsieur le Baron de DORLODOT n’est pas content : mais là, pas content du tout, du tout, du tout ! Na.

 Et il ne l’envoie pas dire à « La Cité Nouvelle », qui ne s’en porte pas plus mal pour cela.

Mais de quoi s’agit-il ?

Le 9 octobre, le journal bruxellois annonçait que le Baron de DORLODOT était menacé de suspension, pour sa conduite sous l’occupation, et l’article portait ce titre : « Le Baron de DORLODOT, bourgmestre discutable ».

« Ce titre est inadmissible » écrit Monsieur le Baron, « car jusqu’à présent, à ma connaissance, je n’ai pas été discuté comme bourgmestre, que par vous et par les Allemands dont une ordonnance m’a empêché, pendant plus d’un an, d’exercer les fonctions que je tiens depuis bientôt 25 ans sans aucune interruption de Droit ».

« Ouais ! » répond « La Cité Nouvelle ». « Ne jouons pas sur les mots : c’est au titre de conseiller communal d’Acoz – et non au titre de bourgmestre – que la province de Hainaut a ouvert une information contre Monsieur de DORLODOT ».

Quant à parler de fonctions ininterrompues de Droit, c’est une explication  plus qu’alambiquée, car si c’est à sa fonction de bourgmestre qu’il fait allusion, Monsieur de DORLODOT ferait bien de se relire lui-même. Il n’est, en effet, qu’un esprit comme le sien pour arriver à expliquer aux gens qui veulent bien le croire, qu’il est possible à un homme, fût-il baron, d’être bourgmestre sans l’être ou de ne l’être pas, tout en l’étant. Il faut croire que Monsieur ROMSÉE lui-même n’était point parvenu à comprendre puisqu’il a cru devoir, dans le temps même où il cassait certains bourgmestres pour que chacun se rappelle, réinvestir Monsieur de DORLODOT dans des prérogatives mayorales.

Pendant des semaines dans « Le Rappel » Monsieur de DORLODOT a brassé du vent. Jamais on ne vit patriote faire autant de bruit que celui-ci pour démontrer qu’il fut un patriote.

C’est peut-être pour cela et pour d’autres raisons encore que Monsieur de DORLODOT, qui se proclame indiscutable, est, dans sa propre commune, si passionnément discuté : car pour un bourgmestre indiscutable, il n’en est certainement pas, en Belgique, de plus discuté.

Allez donc faire un petit tour à Acoz et vous nous en direz des nouvelles. Et si vous voulez un tuyau pour mettre les gens en veine de confidences, demandez que l’on commence par vous conter l’histoire du lot mirifique offert par le baron pour la tombola des prisonniers de guerre. Le gagnant n’a jamais été prendre livraison de ses dix kilos de rutabagas !

                                                                       RIPATEAU

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© Alain GUILLAUME – 31 mai 2025.

La fermeture des usines de Moncheret

Le site métallurgique des usines de Moncheret était un fameux nid d’emplois qui a fait vivre des centaines de familles de la région.

Vers 1972, des rumeurs de fermeture se profilent et la réaction des responsables syndicaux ne se fait pas attendre.

J’ai retrouvé trace d’un premier courrier envoyé au président de la commission paritaire, en date du 5 mars 1973.

Monsieur le Président,

Les travailleurs de Moncheret, vivement émus par l’annonce de la fermeture de leur division, qui, à leur sens, est encore viable pour de nombreuses années, moyennant certains investissements, exigent de la part des responsables une révision de leur plan triangulaire, en tenant compte de la situation particulière de la région sud-est de Charleroi.

Moncheret a toujours été rentable mais exploité depuis 1938 jusqu’en 1966 par la société AMS (Aciéries et Minières de la Sambre) qui n’a fait aucun investissement, repris par la suite par la TMM (Thy-Monceau-Marcinelle) qui a fait travailler à plein rendement avec la même politique de non investissement. Malgré cela nous avons reçu, de 1966 à novembre 1972, des félicitations et marques de satisfaction sur la marche de Moncheret.

C’est pour ces raisons que nous ne pouvons admettre la position de la nouvelle société triangle qui en l’espace de trois mois veut nous faire croire que nous ne sommes plus viables.

                                                                       Les travailleurs de Moncheret

 

Situation géographique et économique de Moncheret et de son personnel

Le personnel occupé vient principalement de deux zones : celle de Bouffioulx à Mettet et environs ; celle de Bouffioulx à Florennes et environs.

Sur 653 personnes (30 employés et 623 ouvriers), les deux zones fournissent 470 employés et ouvriers. Il reste donc 183 membres du personnel qui viennent des communes de Châtelet, Châtelineau, Pont-de-Loup, Aiseau, Presles, etc.

Cette région a perdu grand nombre d’emplois au cours de ces dernières années ; Bouffioulx, par exemple, a perdu MAXIMA « La Biesme », des fonderies, des poteries, des carrières. Pour le reste des deux zones, sont disparues : carrières, sablières, marbrerie, scierie et combien d’autres exploitations familiales, sans oublier les petites exploitations agricoles.

La production de Moncheret

Elle est de plus ou moins 15.000 tonnes par mois en petits produits, fers marchands et spéciaux très élaborés qui, bien souvent, ne sont au départ que des billettes inutilisables sur des trains modernes. Les deux trains sont mécanisés de façon à travailler (suivant les produits) soit à la main, soit avec mécanisation, dans des temps de montage très courts.

Il faut aussi ajouter à cela les possibilités de parachèvement tels que découpage, perçage, épointage, mise en couleur, goudronnage, dressage, bottelage, etc.

                                 L’équipe FGTB-CMB de Moncheret – Mai 1973.

Un grand nombre de personnel qualifié gravitait autour des laminoirs, ce qui permettait à ces derniers d’être munis d’un bon outil de travail primordial pour sortir des profilés spéciaux et de très bonne qualité. Plusieurs écoles industrielles dont les plus réputées étaient « Les Aumôniers du Travail » et « L’Université du Travail » de Charleroi fournissaient de la main d’œuvre hautement performante. De plus, des cours du soir y étaient prodigués aux personnes qui désiraient se perfectionner dans un métier bien défini : ingénieur industriel, dessinateur industriel, électricien, bobineur, ajusteur, modeleur, menuisier…

 

« LE JOURNAL DE CHARLEROI » du 26 mars 1975

Adieu MONCHERET

C’est donc une longue histoire industrielle qui prendra fin puisque l’usine de Moncheret est très ancienne.

Elle se nommait jadis « Forges et Hauts-Founeaux de DORLODOT-HOUYOUX » sur le Ruisseau d’Hanzinne. Cette usine était anciennement une platinerie : elle est citée en 1704 et appartenait en 1810 à N.-J. LORENT & Cie. Par arrêté du 25 septembre 1829, le baron DECARTIER d’YVES fut autorisé à transformer cette platinerie en un haut-fourneau à fondre, au moyen du charbon de bois ou du coke, selon les qualités de fonte qui seraient demandées.

Le 16 mai 1855, Eugène-François de DORLODOT-HOUYOUX obtient la permission de construire un haut-fourneau au coke sur l’emplacement d’une foulerie que lui avait cédée le sieur G. BAILLY. Un arrêté du 27 février 1837 a autorisé l’ajout d’une affinerie à l’anglaise près de son haut-fourneau. Un troisième haut-fourneau a été autorisé le  12 novembre 1851.

On le voit, tout cela ne date pas d’hier et on lit dans « Souvenirs » du baron de DORLODOT publié en 1947 que les Forges d’Acoz, qui appartenaient également à sa famille, constituaient en 1869 une des plus fortes industries du pays. Les laminoirs occupaient à cette époque 1.295 ouvriers et produisaient 51.850 tonnes, tandis que pour cette branche, COCKERILL n’avait que 993 ouvriers pour une production de 29.475 tonnes.

En 1753, on comptait à Acoz : un haut-fourneau appartenant au comte de QUIEVRAIN, seigneur de Quiévrain ; une forge à deux affineries à M. PUISSANT de Marchienne.

La forge dite de Saint-Eloy a été autorisée le 25 avril 1761 ; le propriétaire alors était Joseph PUISSANT. En 1806, Gauthier PUISSANT changea cette forge en platinerie à cause de « circonstances désavantageuses ». Vers 1812, il y établit un laminoir en place de marteau. En 1826, Pierre-Joseph HOUYOUX, de Bousval, propriétaire de cette usine, y établit un laminoir pour étirer le fer en barres. Un arrêté royal du 18 août 1828 autorisa le propriétaire à remplacer le laminoir à tôles par plusieurs autres laminoirs propres à étirer le fer en tôles, en verges et en barres et à ajouter à cet établissement un cylindre dégrossisseur et 6 fours à réverbère pour fondre, affiner et chauffer le fer au moyen de la houille.

Un arrêté du 14 novembre 1829 autorisa P.-J. HOUYOUX et son gendre Eugène-François de DORLODOT à ajouter à cette usine un haut fourneau à fondre le minerai de fer et un fourneau de finerie  pour convertir la fonte en métal. Des arrêtés du 16 mai 1835, du 28 juin 1837 et du 30 décembre 1840 ont autorisé des modifications ou prononcé la maintenue.

Cette usine, disait un ingénieur en 1840, jointe à celle de Bouffioulx, appartenant au même propriétaire, forme l’établissement sidérurgique le plus considérable de tous ceux possédés dans le 2e district par un particulier.

Le laminoir a été construit en plusieurs étapes. L’usine avait été montée, dans le principe, pour marcher au moyen de l’eau et c’est seulement plus tard qu’on a successivement soumis le train ébaucheur à une machine à vapeur et ajouté les trains à rails et à petits fers.

Une longue histoire qui s’achève donc, c’était inévitable. Mais selon le président de la délégation syndicale, Gustave COLLYNS, on aurait dû le faire moins brutalement.

La meilleure formule, dans l’absolu, aurait été d’attendre la mise en service de la nouvelle unité de production actuellement en construction, sous le nom de CARLAM, dans le port de la Praye à Châtelineau.

Nous avons déjà largement évoqué dans le passé ce que sera ce train à larges bandes ultra-moderne, capable de produire de l’acier inoxydable et de l’acier à grains orientés. Normalement, elle aurait dû produire ses premières tonnes d’acier en 1976.

La situation économique étant ce qu’elle est malheureusement, on pourrait les attendre jusqu’en 1978, et il semble que c’était beaucoup demander au patronat que de maintenir Moncheret en vie jusqu’à ce moment.

L’exploitation était en effet devenue largement déficitaire.

On n’attendra donc pas CARLAM pour reclasser, aussi bien que possible, les ouvriers de Moncheret, mais cela n’ira pas sans mal…

Le conseil d’entreprise de Moncheret a accepté la proposition syndicale tendant à étaler les opérations de déplacement des travailleurs en 3 phases : le 30 avril, le 15 mai et le 30 mai 1975. On est arrivé à ce qu’on accorde la prépension à tous les travailleurs de 60 ans et plus, les autres étant reclassés dans les usines du groupe de la région. Ils seront 135  dans ce cas qui ont été compléter des équipes à Monceau et Marcinelle.

De plus jeunes ouvriers ont quitté la sidérurgie pour des emplois dans les administrations, intercommunales, services des travaux des communes de la région, certains même ont été engagés dans les services de polices communales ; pour d’autres, la solution fut de se lancer dans des activités d’indépendants.

Nombreux courriers…

La réaction du personnel

Souvenirs

  • En 1962, la diffusion de la série télévisée britannique « le Saint », en raison des initiales de sa vedette Simon TEMPLAR, allait susciter un véritable engouement dans les foyers. On rencontrait le logo dans les étals des marchés, aux pare-brise des voitures, bref, un peu partout. L’atelier d’ajustage de Moncheret s’est lancé dans la fabrication (on va dire « non officielle ») et rares sont les foyers qui ne possédaient pas la petite figurine.

  • En haute conjoncture, les équipes de lamineurs étaient très productives et recevaient des primes de productivité. Une rivalité allait naître entre les contremaîtres. Ce fut le cas entre Wilhem BERTULOT, surnommé « Barabas », et son fils Willy, dit « L’Agace ». Lorsque Wilhem était satisfait des performances de son équipe et avait donc battu celle de son fils, en reconnaissance il offrait chocolat et… cigares.

                                          

  • les années 65-70, de nombreux sidérurgistes se retrouvaient le dimanche matin au café « Au Voltigeur» à Acoz, tenu par Fernand et Andrée HANQUART. Le commerce tournait à plein rendement avec de-ci, de-là, des conversations qui convergeaient toujours autour de Moncheret. J’entends encore « billettes », « tonnage », « pause de nuit », « cylindre »… Jeune typographe à l’époque,  je n’avais pas beaucoup de conversation !
  • Les transports publics des ouvriers à Moncheret étaient très bien organisés et gérés par les autobus « LARDINOIS » de Villers-Poterie. Dès 5 heures 30 jusqu’à 22 heures 30, ceux-ci transportaient les ouvriers sur trois grands axes : Châtelineau, Florennes et Mettet.
  • Certains ouvriers étaient affublés d’un surnom. Deux anciens, Michel DEGRAUX et Gustave PIRMEZ, se souviennent : « Barabas, L’Agace, Cigarette, Fil de Fer, Gros Stomac, El Carrè, El Gros Bil, El Caty, Aimable, Laplume, El Flamint, Cougnet, El Baudet, Lacane, El Coréen, Toufoume, Bobet, El Betchet, El Chimot, El Grand Bert…… » (liste non exhaustive).
  • On refroidissait les lignes des laminoirs au moyen de l’eau pompée dans le « Ruisseau d’Hanzinne ». L’eau tiédie était rejetée au lieu-dit « El Tchôt’ Euw », (l’Eau Chaude), fréquenté et apprécié par la jeunesse de Chamborgneau et de Bouffioulx.                                                          

 

 L’album souvenirs…

Ce dossier a été conçu grâce aux archives de Gustave COLLYNS, délégué principal des usines de Moncheret. Je remercie vivement sa fille Noëlla de m’avoir permis l’accès à ces témoins du passé.

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© Alain GUILLAUME – 14 avril 2025.

La Saint-Grégoire

En hommage à mon cousin Francis GUILLAUME qui nous a quittés en 2017, je publie cet article qu’il avait préparé pour le blog d’Acoz.

 

La tradition

Il est des traditions qui traversent allègrement le temps et se perpétuent naturellement de génération en génération.  D’autres, par contre, ont la vie dure et finissent hélas par disparaître.  Faut-il pour autant les oublier ?

A Acoz, la tradition de la Saint-Grégoire s’est éteinte au milieu des années 70, victime sans doute de la baisse progressive de fréquentation de l’école communale.

Jusqu’à cette époque, le 12 mars de chaque année, les garçons bénéficiaient d’un jour de congé.  Dès le matin, ils se mettaient à sillonner les rues du village, frappant à chaque porte et y allant de leur petite chanson.  Manière bien sympathique de faire appel à la générosité des Acoziens tout en leur promettant, en retour, de prier pour leur prospérité.

A chaque halte, menue monnaie, œufs, fruits, bonbons et friandises diverses venaient garnir bourses, sacs et paniers.

La quête se déroulait selon un itinéraire établi de manière à n’oublier aucun quartier et à se ménager quelques moments de détente, que ce soit dans les « Fonds d’Acoz » ou dans les « Marlères ».

A la fin de la journée, sonnait l’heure de la récompense : le « Maître » attendait à l’école le retour de ses vaillantes ouailles pour procéder au partage équitable de la récolte.

On trouve trace de cette tradition non seulement en Entre-Sambre-et-Meuse mais aussi, notamment, en Hesbaye, dans le Condroz et dans la Vallée de la Lesse.  L’organisation pratique de la fête ainsi que les paroles de la chanson variaient d’une région à l’autre.  Les plus anciens parmi nous se souviennent certainement des paroles chantées à Acoz : 

           Saint-Grégoire c’est aujourd’hui

          c’est pour ça qu’ nous sommes ici

          c’est pour boire de la bonne bière

          pour avaler toutes les poussières

          Marie-Claire Mémwère

          Donnèz-nous vos p’tits restants

          Nos prîrons Jésus-Christ

          Pou qu’vos pouyes pènéchent toudis

          Pou qu’vos vatches donnéchent toudis

          Amen, amen, èn’ bone tchèréye di farène

           Amen, amen, ène bone tchèréye di farène ».

Pourquoi les écoliers fêtaient-ils saint Grégoire ?

C’est Grégoire IV, pape au 9e siècle, qui semble avoir désigné saint Grégoire comme patron des écoliers, visant alors les jeunes chantres qui faisaient partie des maîtrises des églises : ces enfants ont en effet été pendant longtemps les seuls écoliers.  La tradition s’est ensuite probablement intégrée un peu partout à la vie scolaire dès que l’enseignement s’est généralisé.

Qui était saint Grégoire ?

Grégoire le Grand naît à Rome en 540.  Fils de sénateur, cet opulent patricien est nommé préfet de la ville et devient ainsi le premier magistrat de Rome.

Vers 575, il adopte la vie monastique et transforme en monastère la résidence familiale.  De sa splendeur, il ne conserve, dit-on, qu’une écuelle d’argent destinée à recevoir les quelques légumes envoyés quotidiennement par sa mère.

Grégoire est ordonné diacre par le pape et est envoyé à Constantinople comme apocrisiaire (ambassadeur permanent).  A son retour, il reprend la vie monastique.  Il  assure aussi le rôle de secrétaire et conseiller du pape Pélage II.

A la mort de celui-ci, en 590, Grégoire lui succède sous le nom de Grégoire Ier.

Son pontificat – l’un des plus féconds dont s’honore l’Eglise – fut marqué par l’évangélisation du peuple anglais dont il eût tant souhaité être l’apôtre.

Docteur de l’Eglise, il est aussi l’un des quatre Pères de l’Eglise d’Occident.

Grégoire Ier est l’auteur des « Dialogues » et s’est rendu célèbre par la réforme de la liturgie et le perfectionnement du chant ecclésiastique.  Notons toutefois que le chant grégorien, qui porte son nom, ne lui doit rien directement, cette attribution résultant d’une légende.

A sa mort, survenue le 12 mars 604, il fut inhumé au niveau du portique de l’église Saint-Pierre de Rome. Cinquante ans plus tard, ses restes furent transférés à l’intérieur de la basilique, ce qui officialise sa sainteté.

                                                                 Francis GUILLAUME

Sources :

  • Bètchète : Quêtes de la Saint-Grégoire
  • Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Marne, 1950 –  Abbé L. JAUD.
  • Wikipedia

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© Alain GUILLAUME – 11 mars 2025