Articles recueillis dans la presse LA GAZETTE DE CHARLEROI, LE JOURNAL DE CHARLEROI, LA NATION BELGE, LA LIBRE BELGIQUE, LE SOIR, LE VINGTIÈME SIÈCLE, LA DERNIÈRE HEURE, LA MEUSE, L’INDÉPENDANCE BELGE, LE PEUPLE et LA WALLONIE.
4.1.1931
CONSEIL COMMUNAL – SÉANCE DU 30 DÉCEMBRE 1931
Tous les conseillers sont présents excepté l’échevin ABSIL.
Lecture du procès-verbal de la séance précédente, approuvé après les réserves du camarade POULEUR au sujet de la nomination des membres de l’Assistance Publique.
Approbation des essarts communaux. Ceux-ci n’atteignent pas même deux fois le prix d’avant la guerre.
Le BOURGMESTRE décide de soumettre au ministre. Une discussion s’engage entre les fermiers.
POULEUR, ironique : Voici ce qu’il y a, Monsieur le Bourgmestre, les fermiers ont voulu regagner sur les pouvoirs publics ce que les propriétaires terriens leur ont loué trop cher.
Le BOURGMESTRE demande à nouveau d’envoyer le prix au ministre.
POULEUR : Il y a un projet de loi pour la limitation des loyers des terrains ; que l’on ne prenne pas exemple sur les biens des pouvoirs publics.
Renouvellement du mandat de garde-champêtre, admis à l’unanimité.
Demande d’autorisation de bâtir de DUBOIS Jules, admis.
Fonds de chômage : à l’unanimité la somme de 3 francs par habitant est admise après échange de vues entre POULEUR et le BOURGMESTRE.
Il est également décidé de donner le franc supplémentaire pour 3 mois et de donner celui-ci avec effet rétroactif au 1er octobre 1930.
Renouvellement des membres suppléants à l’Assistance Publique. SAINTHUILE Emile est nommé suppléant de HODY François, par 6 voix socialistes ; DECHARLERIE, de PHILIPPE Armand, 5 voix ; MEUNIER, de PHILIPPE Edmond, 5 voix ; LIERI, de DELESCAILLE Ernest, 4 voix ; ABSIL, de HOUYON Henri, de 4 voix.
Le surveillant des travaux demande de faire empierrer le chemin dit Staquet. PIRMEZ fait remarquer qu’il y a longtemps qu’il a demandé l’élargissement de ce chemin et si on l’avait fait alors cela n’aurait pas coûté 1.750 francs. Le BOURGMESTRE demande l’avis du conseiller ABSIL. PIRMEZ a raison à son avis. PIRMEZ dit : C’est dommage que vous ne fassiez pas encore partie du conseil quand j’ai demandé cela car le bourgmestre ne veut rien faire quand la minorité lui demande. POULEUR : Elargissez le chemin et demandez aux habitants de Lausprelle qu’ils conduisent leurs débris sur ce chemin et tout s’arrangera. ABSIL : Cela est juste.
Après échange de vues concernant l’électricité, la séance est levée.
16.1.1931
FOOTBALL – Réclamation du Standard Marcinelle contre U.S. ACOZ
Tous les matches de division II joués avec l’aide de BRIOLA Jean sont perdus par l’U.S. ACOZ par 5 buts à 0.
5.3.1931
RENVERSÉE PAR UN CYCLISTE
Dimanche soir, vers 8 heures, les époux Alfred DESPAGNE accompagnés d’amis rentraient chez eux à Acoz après une promenade.
A quelques mètres de leur demeure, ils furent rejoints par deux cyclistes dont l’un renversa Mme DESPAGNE qui ne put se garer à temps. Elle fut sérieusement blessée à la tête. M. le Dr GRAVY dut lui appliquer plusieurs points de suture. L’état de la blessée n’inspire aucune inquiétude.
27.3.1931
COUR D’ASSISE DU HAINAUT
UN HOMME TUE SA BELLE-SŒUR A ACOZ
Les débats qui vont se dérouler tantôt n’ont pas attiré grand monde dans l’enceinte réservée au public. Cependant, dans la région de Gerpinnes et d’Acoz, cette affaire a suscité beaucoup d’émotion et l’on attend des débats avec nervosité.
Il est midi moins quart quand la Cour fait son entrée. Elle a déjà longuement délibéré.
En réalité, avant l’ouverture des débats, la défense a déposé une requête à la suite de laquelle un arrêt a été rendu.
Il s’agit donc de ce drame au cours duquel Georges-François BERNY, cultivateur, né à Bouffioulx le 1er avril 1901, habitant le hameau de Lausprelle à Acoz, époux de Madeleine MOUCHERON, marié en 1924, père d’un enfant de 6 ans, qui tua sa belle-sœur, Blanche MOUCHERON, dans un accès de colère.
La défense soutient que l’accusé est atteint d’une maladie qui est de nature à faire présumer la démence. Elle demandait avant l’ouverture des débats que la Cour fasse application de la nouvelle législation sur les anormaux et renvoie l’accusé en examen dans un centre psychiatrique. La Cour, après s’être constituée en Chambre du Conseil et avoir entendu les défenseurs, se prononce après délibéré et rend un arrêt par lequel elle juge momentanément inutile de faire faire droit à la requête de la défense.
Le jury est alors constitué.
L’accusé introduit est un homme de petite taille. La face est sympathique. Les cheveux blonds, rabattus en arrière, découvrent un front têtu. BERNY est enveloppé dans un pardessus noir à col de velours et il répond à son interrogatoire d’identité sans hésitation.

Mes HORGNIES et PIRET assistent l’accusé.
L’ACTE D’ACCUSATION
Le Greffier MICHOTTE donne lecture de l’acte d’accusation que voici, puis l’audience est levée.
George BERNY s’est marié en 1924 avec Madeleine MOUCHERON ; de cette union est né un fils, Hector, aujourd’hui âgé de 6 ans.
Depuis environ 2 ans, Blanche MOUCHERON, née en 1910, sœur de Madeleine, aidait le ménage dans ses travaux ; tous ensemble habitaient une petite ferme à Acoz, hameau de Lausprelle.
Au début de l’année 1930, BERNY souffrit d’une crise de sciatique et, depuis lors, son caractère devint particulièrement nerveux et irritable, au point que sa famille le poussa à une consultation médicale. Déjà, avant cette période, BERNY avait un caractère difficile et sa femme prétend qu’il l’avait menacée de son fusil.
Au cours de l’été, les scènes devinrent plus fréquentes et plus violentes. C’est à ce moment que BERNY fit l’achat d’un revolver que sa femme essaya plusieurs fois de cacher, mais il l’obligea, chaque fois, de lui rendre.
Le 8 septembre, au cours d’une scène particulièrement grave, BERNY menaça de nouveau de jouer du revolver, et fut si inquiétant que sa femme et sa belle-sœur se réfugièrent chez un voisin Vital BELGEONNE qui désarma le forcené. BERNY rentra cependant en possession de l’arme le soir même.
Le dimanche 14 septembre, de pénibles disputes éclatèrent à plusieurs reprises ; BERNY fut si brutal que les deux femmes quittèrent la maison, décidées à s’en retourner chez leurs parents à Gerpinnes. Elles furent rejointes sur la route par BERNY, qui se livra sur elles à des brutalités et déclara devant témoin : « Je les descendrai toutes les deux ». Le lendemain, sa femme déposait plainte.
BERNY se trouva ainsi seul à la maison avec son fils ; il déclara avoir été bouleversé par ce départ.
Le mardi 16 septembre, jour du crime, accompagné de son fils, il partit de bonne heure en voiture pour Gerpinnes. Arrivé devant la maison de ses beaux-parents, il appela sa femme qui vint embrasser l’enfant et il annonça son intention de placer le petit Hector en pension. Il invita sa belle-sœur Blanche à venir reprendre ses effets chez lui et à se faire accompagner de sa mère, promettant de les ramener en voiture. Toujours en compagnie de son fils, il revint à Acoz où il était rentré déjà vers 8 heures 15. A 10 heures 15, les deux femmes arrivent.
Tous se rendirent dans la maison de BERNY. Il laisse sa belle-mère entrer dans la salle du rez-de-chaussée mais il lui interdit de monter ; Blanche, au contraire, monte avec lui et il l’autorisa à rassembler ses effets épars dans plusieurs chambres. La jeune fille redescend à un certain moment et remonte. Derrière elle, BERNY ferme le verrou intérieur d’une porte et coupe ainsi toute communication avec le bas de la maison. A l’en croire, et malgré son interdiction, Blanche veut enlever des vêtements de sa sœur. Il va chercher son revolver dans une armoire, le charge, car il prétend que l’arme n’était pas chargée d’avance et tire sur sa belle-sœur qui se trouve dans une petite chambre.
BERNY, dont la mémoire est si précise sur les moindres circonstances jusqu’à ce moment, prétend contre toute vraisemblance, avoir une amnésie totale sur ce qui s’est passé à cet instant. Il dit ne plus savoir comment il a tiré, s’il a touché ou non sa belle-sœur, ni comment les coups de feu sont partis. Il se souvient cependant s’être enfui sans souliers, que son fils et une voisine le virent s’enfuir, pâle et agité, dans la direction de Gerpinnes où il se rendit à la gendarmerie.
Sa belle-mère et une autre femme ayant entendu plusieurs coups de feu et soupçonnant le drame avaient, en vain, essayé d’ouvrir la porte au haut de l’escalier. Elles allèrent chercher une échelle et, l’escaladant, pénétrèrent par la fenêtre ouverte dans la chambre où gisait Blanche, étendue sur le dos, les jupes relevées très haut.
La malheureuse était atteinte de trois balles, une dans le sein droit, les deux autres dans le dos ; le poumon gauche était perforé d’une balle ; le poumon droit de deux autres et une hémorragie abondante s’était produite, causant la mort sans doute instantanée.
L’autopsie révèle que la victime était déflorée.
BERNY soutient n’avoir jamais eu de relations avec sa belle-sœur ; il prétend ne pas savoir pourquoi il a affirmé de pareilles relations dans deux lettres qu’il écrivit avant le drame, ni à quel moment il a écrit ces lettres. Il étend à ce point l’amnésie limitée dont il se dit atteint.
Les deux médecins qui l’ont observé au point de vue mental affirment que cette amnésie est simulée, n’étant point conciliable avec les précisions qu’il donne sur certains points qui ont précédé ou suivi la rédaction des lettres et le drame lui-même. Les mêmes experts constatent que si, du chef de son état névropathique, une légère atténuation de sa responsabilité peut être admise, il n’est atteint d’aucune affection mentale ou épileptique et qu’au moment des faits, il n’était pas en état de démence ni contraint par une force irrésistible. Tout démontre, au contraire, qu’il a voulu tuer sa belle-sœur et qu’il avait prémédité et préparé son crime.
AUDIENCE DE L’APRÈS-MIDI
Interrogatoire de l’accusé
A 2 heures 15, la Cour rentre pour l’audience de l’après-midi. Elle entend aussitôt l’accusé dans l’interrogatoire prescrit par le code de procédure criminelle.
Il s’agit de préciser les conditions du drame.
Le ménage BERNY-MOUCHERON n’était pas heureux. La belle-sœur, Blanche, était venue se fixer au logis des époux et les aidait dans les soins du ménage.
BERNY nie que sa belle-sœur ait jamais été sa maîtresse.
Il avait acheté un revolver pour se défendre. Mais le Président lui fait montrer qu’à de nombreuses reprises BERNY jugea à propos de vérifier si son arme était toujours au point.
Avant le drame, les discussions conjugales se multiplièrent. La mère de l’épouse prit part à quelques-unes.
L’accusé proteste contre la violence que M. le Président prête à ces discussions. Il reconnaît avoir dit qu’il avait été battu par sa femme, sa belle-sœur, sa belle-mère et un cousin.
Tous les détails de ces scènes sont fixés et l’on arrive ainsi au jour où la femme quitte le domicile conjugal avec sa sœur, laissant l’enfant à son mari.
Celui-ci songe à mettre l’enfant en pension et dit à sa femme et à sa belle-sœur qu’elles pouvaient venir reprendre leurs vêtements.
Celles-ci sont arrivées le jour du drame, Blanche BERNY est à l’étage ainsi que l’accusé.
Celui-ci, peu après, est retrouvé à la gendarmerie, les mains ensanglantées. Il ne se souvient de rien, dit-il.
Avant le drame, il avait acheté du papier à lettre. On lui prête d’avoir prémédité son acte et d’avoir proféré diverses paroles l’établissant. Il le nie. Après le drame on retrouve deux lettres écrites sur le papier dont il a fait l’emplette.
L’accusé ne se souvient d’aucun des faits qui lui sont reprochés du moment où sa belle-sœur est arrivée jusqu’au moment où il est arrivé à la gendarmerie.
Blanche MOUCHERON en tombant cria, ce qui appela sa sœur à l’aide. On monta à l’étage. Les portes étaient fermées. Par une fenêtre, on vit alors le cadavre étendu sur le sol.
La gendarmerie fut appelée.
L’accusé s’était déjà plaint d’amnésie avant les faits. Il soutient qu’il a perdu sur ceux-ci tous souvenirs.
La discussion des éléments entre M. le Président et l’accusé est fort minutieuse à ce sujet. M. le Président lui reproche d’avoir une amnésie changeante.
L’accusé ne dit pas qu’il soit impossible qu’il ait écrit les deux lettres que voici, mais soutient qu’il ne s’en souvient pas.
Prière de remettre cette lettre à Monsieur Frédéric MOUCHERON :
Cher Père,
J’ai le regret d’avoir tué votre fille. Mais quand on s’aime on fait tout. Ne pleurez pas votre fille Blanche, car elle est coupable comme moi. Adieu.
Celui qui ouvrira cette lettre doit la remettre à ma femme, Madeleine MOUCHERON.
Chère Madeleine,
Je te demande pardon de tout ce que j’ai fait. Mais ce n’est pas ma faute à moi seul, c’est aussi la faute de ta sœur, car ta sœur m’aime, comme je l’aime. Il y a un an, si tu te rappelles, j’ai reconduit ton père qui était ivre avec elle. Et c’est alors que je t’ai trompé avec ta soeur.
Je voudrais que tu caches cette lettre à mon petit Hector, pour qu’il ignore cela. J’espère que tu seras une bonne mère envers mon petit que j’adore. Je voudrais que tu l’embrasses tous les jours, une fois pour moi, car je ne saurais plus lui en donner et tu lui diras :
« C’est une baise de ton papa ».
Donc, chère Madeleine, continue toujours à être une bonne mère pour ton enfant. Quant à nous deux, avec Blanche, il nous fallait mourir.
Je t’embrasse de tout mon cœur.
GEORGES.
Il ne se rappelle pas avoir dit ce qui a été acté par le commandant de gendarmerie. Il paraît que celui-ci a fait son procès-verbal d’après des données relevées sur les lieux et non d’après ce qu’il a dit. De telle sorte qu’il a pu être réellement frappé d’amnésie tandis que le procès-verbal n’en laisse que le reflet.
L’accusé nie avoir reconduit son beau-père, comme il le dit dans sa lettre, et sa femme assure d’autre part que c’est elle qui a aidé son père.
Ainsi, selon le système de la défense, les faits énoncés par l’accusé dans les lettres dont il reconnaît l’écriture comme la sienne, sont faux tant en ce qui concerne la victime que des tiers.
Enfin, le jour où il se constitua à la gendarmerie, l’accusé aurait dit à la femme d’un gendarme que s’il avait eu plus de balles il se serait tué.
Il nie à présent avoir tenu ce propos.
Le Président fait remarquer que l’accusé nie trois faits qui sont des charges aggravantes. Il caractérise l’amnésie dont souffrirait l’accusé.
BERNY : Donc il est inutile que je me défende. Si je me défends on dira que je suis malade et, si je ne me défends pas on dira encore que je le suis.
Une longue discussion des éléments de l’armurerie se poursuit entre la défense et M. le Président. M. le Dr HALLEWIJCK, médecin-légiste à Charleroi, a pratiqué l’autopsie du cadavre et a constaté la présence de trois blessures mortelles.
Le Colonel ANTHOINE, expert en balistique, a examiné l’arme du crime et explique sa force de pénétration. Les coups de feu ont été tirés à une distance de 50 centimètres du corps.
Au cours de la reconstitution, BERNY ne put se souvenir de la distance qui le séparait de la victime. Mais cependant il indique une distance de 1,30 mètre environ.
LA PARTIE CIVILE : Et l’amnésie ?
La femme de l’accusé a dit que celui-ci l’avait menacée d’un fusil et d’un autre revolver que celui du crime.
ANTHOINE montre ces armes qu’il a examinées. Il croit que le fusil était peu utilisable mais que le revolver bien que rouillé pouvait toujours servir.
L’ACCUSÉ reconnaît avoir essayé l’arme du crime en tirant trois coups de feu dans une porte de la ferme mais non dans la direction d’un motocycliste comme sa femme l’a dit.
NAVEZ, architecte à Luttre, a dressé le plan des lieux et donne les explications sur ceux-ci aux membres du jury.
31.3.1931
LE PROCÈS DE GEORGES BERNY (SUITE)
Nous sommes arrivés au dernier jour de cette affaire et au début de l’audience qui s’ouvre à 10 heures devant un public très nombreux, la parole est donnée à Me MICHEL, du barreau de Namur, l’un des avocats.
LE RÉQUISITOIRE
Le Substitut VANDEVELDE ne prononce que quelques mots après la plaidoirie de Me MICHEL pour estimer que la conviction du jury est qu’il doit répondre affirmativement aux questions relatives à l’homicide volontaire et à la préméditation.
LA DÉFENSE
Au début de sa plaidoirie, Me PIRET tient à rendre hommage à la victime qu’il représente comme brave, honnête et courageuse. Elle aidait le ménage BERNY et l’accusé n’a jamais eu à se plaindre d’elle.
Il y avait un an et demi que le caractère de BERNY s’aigrissait de jour en jour.
C’est en septembre 1930 que les deux sœurs, après une vie impossible qui avait succédé à une période de calme et de bonheur, décidèrent de quitter la ferme.
Après leur départ, BERNY fut réellement désemparé. Il ne réussit pas à décider sa femme à revenir à la ferme et son père qui fut envoyé auprès d’elle pour essayer de la décider ne fut pas reçu par elle.
Me PIRET rappelle ensuite les différents faits qui se produisirent le jour du crime et que l’on connaît, puis s’attache à démontrer qu’il avait été possible pour BERNY d’écrire les deux lettres entre le moment où il arrive à Lausprelle et celui où sa belle-sœur y arriva à son tour.
BERNY s’est marié en 1924 et à ce moment, BERNY, que l’on appelait même « le rossignol du village » était très jovial. Au cours de son service militaire, il fut l’ordonnance du Général HERMAN qui le considère comme un bon soldat n’ayant subi aucune condamnation.
Plusieurs témoins ont connu le ménage très uni.
Me PIRET parle de l’instance en divorce intentée par l’épouse, ce qui amène Me SINZOT à dire : « Parlez-nous du crime et non du divorce ». Me PIRET estime qu’il a le droit de signaler que si l’épouse BERNY était courageuse, elle était également âpre et qu’elle s’est efforcée d’accumuler les charges contre son mari.
BERNY a demandé pardon à sa femme, elle ne lui a pas répondu ; elle lui a promis d’aller le voir en prison. Elle a tenu sa promesse. Elle a vendu tout ce qui lui appartenait à la communauté. Elle a été assignée et les acheteurs ont été obligés de restituer ce qu’ils avaient acquis.
Me PIRET s’attache ensuite à démontrer que ce n’est pas la passion qui a armé le bras de BERNY et qu’il n’eut jamais de relations avec sa belle-sœur. Mais qu’il a cédé uniquement à un moment de tristesse. Il a été désemparé en voyant sa belle-sœur venir reprendre ses vêtements, il fut dans un complet désarroi.
Son acte a été brutal mais spontané et la préméditation n’existe pas.
D’après Me PIRET, les lettres ont été écrites après le crime et il conclut en demandant un acte de justice pour un homme malade.
L’audience est suspendue à midi et demi.
AUDIENCE DE L’APRÈS-MIDI
LES RÉPLIQUES
Après la reprise de l’audience de l’après-midi, la parole est donnée à Me SINZOT qui parlant à son tour pour la partie civile, estime pour commencer que le système de défense qui est présenté est condamné par la raison. Il représente l’accusé comme un être peu intéressant qui n’a eu ni une larme, ni un mot de regret, qui n’a jamais manifesté la moindre émotion.
Me SINZOT ramène le débat où il doit être situé. Ce n’est pas le procès de la femme de BERNY que l’on plaide, dit-il, comme on a essayé de le faire ce matin, mais c’est le sien et le sien seul.
Il souligne que la défense a parlé de tout, excepté du crime lui-même, ce qu’il va faire pour ceux qui ont semblé l’oublier.
Me SINZOT rappelle les diverses scènes qui se déroulèrent à la ferme sur l’achat du revolver, ce qui prouve la préméditation.
Après avoir parlé des agissements de BERNY, après avoir fait remarquer que le voyage à Hymiée n’était qu’un prétexte, puisque BERNY ne devait pas conduire son fils en pension, pour la raison qu’il ne lui en avait pas encore cherchée ; Me SINZOT s’efforce de prouver qu’il s’agissait là d’un véritable guet-apens dans lequel Blanche MOUCHERON est tombée, puis il s’attache à démontrer que les deux lettres écrites par BERNY prouvent la préméditation, car elles ont été écrites avant le crime, par un homme qui possédait tout son sang-froid.
Auraient-elles été écrites après le crime, qu’elles prouveraient la lâcheté et la monstruosité de l’accusé.
Il souligne ensuite que BERNY en arrivant à la gendarmerie avait les mains tachées de sang. Il a prétendu qu’il s’était coupé en se rasant la veille. Pour ce détail, il n’y avait pas d’amnésie. Le sang dont il était couvert, c’était le sang du crime !
Me SINZOT parle ensuite de l’état mental de BERNY pour dire que l’accusé n’est pas atteint de folie. Il est l’auteur d’un crime infâme dont il est responsable.
De sa prison, dit Me SINZOT, BERNY a écrit à sa femme : « Ton enfant sera un enfant sans père ni mère ». Cette vérité dira que s’il retrouve la liberté, BERNY a l’intention de tuer sa femme et c’est la raison pour laquelle les parents de la victime m’ont chargé de venir ici. Qu’on leur garde au moins la fille qu’ils ont conservée !
En conclusion, il réclame du jury un verdict affirmatif.
La parole est ensuite donnée de nouveau à M. le Substitut VANDEVELDE.
L’honorable organe de la loi rencontre d’abord les dires de la défense qui a parlé d’âpreté de la part de la femme de BERNY et il estime que cette femme n’a voulu sauver que ce qu’elle avait aidé à gagner pour le conserver en patrimoine à son enfant.
VANDEVELDE reprend l’affaire dans tous ses détails pour établir à son tour que le crime de BERNY était prémédité et que celui qu’il l’a commis était conscient, car tout ce qu’il prétend est simulation et comédie.
Comme le ministère public s’apprête à entrer dans des détails qui n’ont pas été abordés par la partie civile et par la défense, M. le Président ENGLEBIENNE, après les avoir félicités de leur discrétion, engage M. le Substitut VANDEVELDE à agir de même, signalant au surplus que l’audience est publique.
VANDEVELDE prononce encore quelques mots et termine en demandant un verdict de condamnation.
Le dernier, Me HORGNIES, prend ensuite la parole pour présenter la défense de BERNY. L’honorable défenseur qui s’occupe d’une cause particulièrement ingrate demande que l’on se montre miséricordieux pour BERNY, car sans miséricorde il n’y a plus de justice. Avec éloquence et brio, il s’attache à démontrer que quoi que l’on ait dit, on ne peut avoir tous ses apaisements sur le degré de responsabilité de BERNY à qui il ne faut pas jeter plus d’opprobre qu’il n’en mérite. Il y a certainement quelque chose qui a changé dans la mentalité de BERNY car on a dit qu’il était gai et jovial avant de devenir violent et emporté. Il y a chez BERNY un état pathologique dont il faut tenir compte. Me HORGNIES s’élève contre le fait que l’on a entendu l’enfant qui a apporté contre son père la charge la plus terrible, alors que le code d’instruction criminelle empêchait de l’entendre.
LE VERDICT
Après la plaidoirie de Me HORGNIES, deux questions furent posées au jury relatives à l’homicide volontaire et à la préméditation.
Le jury a répondu affirmativement aux deux questions.
31.3.1931
A LA COUR D’ASSISES DU HAINAUT
CONDAMNATION AUX TRAVAUX FORCÉS A PERPÉTUITÉ
La cour d’assises du Hainaut a condamné, lundi soir, aux travaux forcés à perpétuité et à 20.000 francs de dommages-intérêts, le nommé Georges BERNY, cultivateur à Acoz, qui assassina, dans les circonstances que nous avons rapportées, sa belle-sœur Blanche MOUCHERON.
20.4.1931
EXTRAIT DE JUGEMENT
Le tribunal par jugement rendu contradictoirement le 2 avril 1931, condamne la nommée WAINE Amélie-Henriette, métayère, née à Villers-le-Gambon le 4 janvier 1865, domiciliée à Acoz-Lausprelle, à un emprisonnement de 2 mois et une amende de 300 francs + 60 décimes = 2.100 francs, du chef de falsification de lait qu’elle vendait avec 20 % d’eau. Emprisonnement subsidiaire : 3 mois. Prononce la confiscation des échantillons saisis et dit qu’ils seront mis hors d’usage.
Dit que l’extrait du jugement, avec indication des nom, prénoms de la prévenue et en outre de sa qualité d’épouse de POULEUR Gustave, sera affiché pendant 1 mois dans la commune d’Acoz à concurrence de 20 exemplaires ; dit que 2 de ces exemplaires seront affichés l’un sur la porte d’entrée et l’autre sur la façade extérieure de l’habitation de la condamnée.
Dit que l’extrait du jugement avec indication des nom, prénoms de la prévenue et outre de sa qualité d’épouse de POULEUR Gustave sera inséré dans les journaux publiés à Charleroi et intitulés « Gazette de Charleroi » et « Le Rappel ».
Le tout aux frais de la condamnée.
Ce jugement n’a été frappé d’aucun recours.
Pour extrait conforme, délivré au ministère public, aux fins d’insertion.
Faits commis à Acoz, canton de Châtelet, en novembre 1930.
Charleroi, le 8 avril 1931.
10.11.1931
AUTOMOBILISTE IVRE
Dimanche soir, vers 10 heures 5, la police de Couillet fut avertie qu’un homme en état d’ivresse qui se trouvait au café FRISON, route de Philippeville, se disposait à se remettre au volant de son auto. Il s’agissait du nommé GRÉGOIRE Nestor, industriel, à Acoz.
La police lui dressa procès-verbal du chef d’ivresse et d’infraction à la police de roulage. Les policiers firent mettre l’automobile en fourrière.
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© Alain GUILLAUME – 26 juin 2026.
