Les monuments dédiés aux victimes des deux guerres mondiales

Peu de temps après la seconde guerre mondiale, un comité patriotique voit le jour sous la présidence du Docteur Edgard GRAVY.

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Le Docteur Edgard GRAVY

ENTETE COMITE MONUMENT 640

Composé en grande partie des anciens combattants et prisonniers de guerre, il va tout d’abord organiser en septembre 1946 un défilé pour célébrer la fête de la victoire (voir mon livre « ACOZ de A à  Z », tome 2, pages 202 à 207).

Après cette mémorable journée, de nombreuses activités sont mises sur pied dans le but de récolter des fonds pour financer l’érection d’un monument.

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Il faut croire que ces organisations ont connu un beau succès car le projet sera lancé, non pour une mais pour deux œuvres qui seront réalisées par Zéphir BUSINE (voir mon livre « ACOZ de A à Z » tome 1, pages 64 à 69) et son associé de l’époque, Georges BOULMANT.

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Zéphir BUSINE
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Georges BOULMANT

Influencés par les bas-reliefs égyptiens, les deux artistes avaient proposé un sein en relief et un autre, en creux (effet de lumière).
Lors de la présentation de la maquette en plâtre, ils ont eu droit à une petite colère du Docteur GRAVY.

La sculpture a été réalisée aux Carrières du Hainaut à Soignies avec l’aide d’un tailleur de pierre nommé Joseph.

Les deux monuments sont des mêmes artistes et ont été inaugurés le même jour en septembre 1951.

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Inauguration du monument sis à l’actuelle rue de Moncheret.
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Inauguration du monument adossé au mur de l’église paroissiale St-Martin.

Le monument dédié aux victimes civiles de la guerre 40-45

Monument Moncheret 640

Cet édifice est érigé le long de l’actuelle rue de Moncheret, au centre du village (à l’endroit d’une habitation incendiée en août 1914), en hommage aux victimes civiles de la guerre 40-45, à savoir le Baron Hermann PIRMEZ, son fils Maurice, et Hector POULEUR.

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Souvenir réalisé en hommage aux trois victimes. De gauche à doite : Hector POULEUR, Baron Hermann PIRMEZ et Baron Maurice PIRMEZ

Qui est le Baron Hermann PIRMEZ ?

Né à Louvain le 28 octobre 1892, il réside avec son épouse Emilie del Marmol au château d’Acoz. Le couple élève 9 enfants : Rolande, Maurice, Edouard, André, Ghislaine, Guy, Octave, Marie-Louise et Elisabeth.

Suspecté de relations avec la résistance et suite à une dénonciation, il est arrêté avec son fils, le Baron Maurice PIRMEZ, le 5 mars 1944 et seront tous deux envoyés en Allemagne.

Hermann PIRMEZ meurt au camp de Dachau le 13 février 1945, à l’âge de 52 ans. Son corps y aurait été inhumé.

SOUVENIR PIRMEZ verso 500

Qui est le Baron Maurice PIRMEZ ?

Né en 1919, Il est interné à la forteresse de Coswig et décède le 18 avril 1945, à l’âge de 25 ans.

Son corps est rapatrié en Belgique et est inhumé dans la crypte familiale sous le chœur de l’ancienne église de Villers-Poterie.

Crypte Pirmez 640

DISCOURS PIRMEZ 640

Qui est Hector POULEUR ?

Né à Haine-Saint-Pierre le 25 juillet 1889, il effectue son service militaire comme soldat au Premier Chasseurs à Pied. Combattant de la guerre 14-18, il reçoit la Médaille Commémorative de 14-18, la Médaille de la Ville de Liège, celle de Chevalier de l’Ordre de Léopold II et la Croix de Guerre avec Palmes et Croix de Feu. Après sa captivité, il rentre à Acoz en 1919. Il devient le président-fondateur de la section locale de la F.N.A.P.G (Fédération Nationale des Anciens Prisonniers de Guerre). Il y apporte tout son dévouement. Invalide de guerre, il aura une attitude patriotique dès les premiers jours de la seconde guerre mondiale. Il tient tête aux promoteurs des idées pro-allemandes et aide la résistance. Il s’occupe également de la C.N.A.C. (Aide aux Prisonniers de Guerre ainsi  qu’à leurs enfants).

Il est arrêté le 28 juillet 1944, deux jours après l’assassinat de deux rexistes d’Acoz-Lausprelle. A 18 heures 45, Il est abattu sans jugement d’une balle en pleine tête dans le bois de la Ferrée à Nalinnes par les rexistes de la bande MERLOT.
Le 11 novembre, pendant de nombreuses années, ses anciens compagnons d’armes et les anciens prisonniers iront s’incliner sur sa tombe au cimetière d’Acoz.

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La sépulture d’Hector POULEUR au cimetière d’Acoz.

Signalons un fait de bravoure : lors de ses funérailles en l’église d’Acoz, la Révérende sœur IRMA, elle aussi grande patriote, viendra déposer le drapeau national sur son cercueil, malgré la présence d’officiers allemands.

Hector POULEUR est aussi le fondateur de la section métallurgiste d’Acoz et y exercera la fonction de secrétaire depuis 1919. Il est élu conseiller communal en 1926 et président de la C.A.P. (Commission d’Assistance Publique).
Il fonde le parti socialiste local. En 1940, il accepte les lourdes charges de conduire la commune et d’aider ceux qui se trouvent dans le besoin. En 1941, il refuse énergiquement tout mandat communal, le siège scabinal lui étant offert par les autorités d’alors.

Avec son épouse, Ida HOUYOUX, ils élèvent 4 enfants : Firmine (épouse de Georges HANQUART, dit « Candri »), Fernand qui deviendra le bourgmestre d’Acoz de 1951 à 1970), Alina (épouse de Henri CHARLIER) et Roger qui quittera Acoz pour devenir secrétaire communal à Marloie, non loin de Marche.

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Le monument dédié aux victimes civiles des deux guerres mondiales 

MONUMENT EGLISE 640

Celui-ci, adossé à l’église paroissiale Saint-Martin a connu une « vie » mouvementée. Fin 1952, le parti socialiste remporte les élections communales à Acoz.  En 1953, Fernand POULEUR, fils d’Hector, devient le nouveau bourgmestre.  Il décide de déplacer ce monument (qu’il juge trop proche du buste d’Eugène-François de DORLODOT) vers la façade, côté gauche, de l’église Saint-Martin.  Quelques années plus tard, lors de la construction d’une rampe d’accès pour handicapés, l’ouvrage trouvera la place qu’il occupe aujourd’hui, sur le côté droit. (Détails dans l’article publié sur ce blog « le monument dédié à Eugène-François de DORLODOT » mai 2018, catégorie « patriotisme »).

On y découvre le nom des 4 victimes fusillées par l’armée allemande lors de son passage dans notre village les 25 et 26 août 1914 : l’Abbé Eugène DRUET, Archange BOURBOUSE, Joseph BOURBOUSE et Ernest BASTIN. (Voir le livre « ACOZ ET LA GUERRE 1914-1918, Geneviève LUSIAUX et Guy ANTOINE, pages 159 à 163).

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CRYPTE DRUET 640
Plaque commémorative scellée au mur de l’église Saint-Martin. L’Abbé DRUET repose dans le crypte de la famille de DORLODOT, en-dessous du choeur.
TOMBE ARCHANGE BORBOUSE 640
Tombe d’Archange BO(U)RBOUSE au cimetière d’Acoz.
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Sépulture de Joseph BO(U)RBOUSE, frère d’Archange, au pied de l’église Saint-Michel de Gerpinnes-Centre.

Je n’ai malheureusement pas trouvé trace d’Ernest BASTIN. Celui-ci, originaire de Montignies-sur-Sambre, a peut-être été inhumé dans sa terre natale.

 

Figurent aussi deux victimes de la guerre 1940-1945.

Qui sont-ils ?

  • Emile LECLERCQ

Fils de Léon LECLERCQ et de Mélanie PHILIPPE, il voit le jour à Acoz-Lausprelle le 5 février 1899. Avec son épouse Lise ABSIL, il vient s’installer à la ferme sise à la rue des Ecoles et actuellement propriété de la famille CHIF. D’un caractère joyeux et original, il participe à la vie du village. Il marche officier dans la Compagnie d’Acoz en adossant tout d’abord le costume de major et ensuite celui de tambour-major. Lors des fêtes communales de début juillet, il adore faire le pitre et on retiendra son numéro lors des « concerts extraordinaires », organisés sur le kiosque planté sur la place communale.

Emile LECLERCQ 1933 640
1933 – Emile LECLERCQ photographié avec la famille Augustin et Aline MATHIEUX-FENSIE
EMILE LECLERCQ tambour-major 640
Fin des années 30 : Emile LECLERQ, tambour-major de la Marche d’Acoz et déguisé pour le « concert extraordinaire ».

La guerre éclate, il quitte le village pour se réfugier en France. Il est tué sur les routes de Normandie, le 14 mai 1940, à l’âge de 41 ans.

  • Henri DE(S)CHAMPS

Il naît à Gerpinnes le 2 septembre 1902. Fils d’Emile DECHAMPS et d’Anne GUILLAUME. Avec son épouse Amandine LECHAT, il vient résider à Acoz vers 1931. Il exerce les métiers d’ouvrier d’usine et de cordonnier.

Lui aussi quitte le village pour l’exode. Il est tué à Gisors (Normandie) le 18 mai 1940, à l’âge de 37 ans.

Le couple a eu 3 enfants : ? DECHAMPS, Armand DECHAMPS et Raymond DECHAMPS. Ce dernier, avec son épouse Jeanine BACKAERT, tiendra une ferme qui était située à l’angle des rues de la Raguette et du Dessus-du-Bois. Raymond décédera vers 1978 des suites de graves brûlures occasionnées lors d’un accident d’usine. Beaucoup de Marcheurs se souviennent du fils, Henri, qui occupa la place d’adjudant avec la Compagnie de Lausprelle, lors des Saint-Roch et Saint-Frégo.
Il décédera début des années 80 des suites d’une pénible maladie.

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Dossier réalisé avec la collaboration de Geneviève LUSIAUX et Philippe BUSINE. Merci à eux.

© Alain GUILLAUME – Janvier 2020.

La Fête de la Libération

Dans le tome 2 de mon ouvrage « ACOZ de A à Z » (pages 202 à 207) un dossier est consacré à la Fête de la Victoire ou Fête de la Libération qui fut organisée à Acoz en septembre 1946.

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Philippe BUSINE m’a remis dernièrement un document très intéressant s’y rapportant, complétant ainsi ce dossier.

Je vous le fais découvrir…

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Merci à Philippe BUSINE pour le partage de ce document.

© Alain GUILLAUME – Novembre 2019.

 

L’armée australienne à Acoz

Thierry FRIPPIAT, Administrateur du Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes (A.S.B.L.), m’a envoyé récemment cinq photos concernant la présence de l’armée australienne à Acoz en 1918-1919. Elles étaient accompagnées d’un article explicatif…

 

La présence de l’armée australienne à Acoz en 1918-1919

À Acoz, les photos conservées sont contemporaines du retour des troupes en Australie.

La première d’entre elles, datée du 7 avril 1919, montre une colonne de soldats du 48th Infantry Battalion, traversant le chemin de fer, à la sortie des bâtiments de Moncheret (dans les Fonds d’Acoz). Au verso, elle porte la légende : « Retour à la maison ! ».

AUSTRALIENS MONCHERET cc

Les suivantes sont issues de la collection du Lieutenant Bert Cameron (4th Div. Art. Brig) :

Au pied de la rue de la Raguette, des soldats immortalisent leur « dernière parade en Belgique ».

AUSTRALIENS RAGUETTE 550 cc

Au Château Pirmez, le Brigadier General William Livingstone Burgess lit une lettre, puis salue ses officiers avant son départ d’Acoz.

AUSTRALIENS CHETEAU 1 cc

AUSTRALIERS CHATEAU ACOZ 2 cc

La localisation de la dernière photographie est incertaine.

AUSTRALIENS ACOZ cc

Source : Australian War Memorial.

Publié par le Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes – Thierry FRIPPIAT

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Je crois que de la dernière photo a été prise à la rue des Ecoles, devant l’immeuble qui allait devenir le presbytère. Si on la compare avec une photo plus récente, on y distingue les 2 fenêtres ainsi que la porte d’entrée avec son abat-jour et les deux marches. Lors de l’installation du presbytère, le mur d’enceinte en pierre a été remonté par des rangées de briques pour atteindre une hauteur de plus de 2 mètres. Ce mur a été abattu vers 1970-1975 par l’Administration communale sur conseil de Joseph ELOY, alors Echevin des travaux. On distingue aussi la présence d’une pompe publique en fonte. Sur la photo datant de 1870, parue dans mon article sur la distribution d’eau à Acoz (voir mon livre « ACOZ de A à Z », tome 1, page 149) on remarque la présence d’une fontaine, ce qui conforte mon idée de localisation.

 

Grand merci à Thierry.

© Alain GUILLAUME – Février 2019.

La Fête de la Libération

Dans le tome 2 de mon ouvrage « ACOZ de A à Z » pages 201 à 207, vous avez découvert l’article consacré à la Fête de la Victoire ou Fête de la Libération organisée par les Acoziens en 1946.

Une photo vient d’être découverte, oubliée dans le fond d’un tiroir…

 

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Au premier rang, de gauche à droite : Marcel DEBERGH, Marc FRANCQ, Jacques VANWALLENDAEL, Robert COLOT, Léon SCIEUR, Jacques BELGEONNE et René BERTULOT.  Au deuxième rang, de gauche à droite : Paul LOUFFIN, Willy BERTULOT, Louis PATIGNY, Jean KALUZNY et Simon CLOESEN.

Alain GUILLAUME – Décembre 2018.

Les décorations de Gaston BOUSETTE

Par Etienne et Luc ELOY

Toujours dans le cadre de la commémoration de 14-18, nous disposons d’un cadre affichant les médailles de feu notre grand-père maternel Gaston BOUSETTE (voir le livre « ACOZ ET LA GUERRE 14-18 » – Geneviève LUSIAUX – pages 105-106).

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Au-dessus à gauche : MEDAILLE DE LA VICTOIRE 14-18

Au-dessus au milieu : MEDAILLE DE LA BATAILLE DE L’YSER

Au-dessus à droite : MEDAILLE COMMEMORATIVE 14-18 AVEC 4 BARRETTES DE FRONT

Au milieu à gauche : CROIX DE GUERRE AVEC PALME D’OR

Au milieu à droite : CROIX DE FEU (décernée aux soldats ayant passé toute la guerre au front)

En -dessous à gauche: MEDAILLE MILITAIRE DE 2ème CLASSE

En-dessous au milieu: MEDAILLE DE TABLE DE L’YSER (titulaire de la Carte du Feu gravée à son nom)

En-dessous à droite : PALME D’OR DE LA COURONNE

 

L’uniforme de notre grand-père a été précieusement conservé par notre famille avant d’être offert au Musée de la Tour d’Air à Liège où il est exposé.

 

© Etienne et Luc ELOY

 

 

 

 

Le 11 novembre 2018

En ce jour du centenaire de l’armistice de la guerre 14-18, des cérémonies d’hommages étaient organisées dans toute l’entité de Gerpinnes.

A Acoz, le rendez-vous était fixé à 9 heures 50 pour fleurir le monument dédié aux victimes des deux guerres mondiales.

Les autorités communales, des musiciens des fanfare d’Acoz et harmonie de Gerpinnes, les drapeaux des anciens combattants et prisonniers de guerre, le vice-doyen Claude Lallemand, les paroissiens du clocher Saint-Martin ainsi que de nombreux Acoziens se sont donc inclinés devant le monument. La sonnerie « Aux Champs » fut interprétée à Olivier Delbart, suivie de l’hymne national.

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Bel hommage rendu à nos héros.

Les élèves de l’Ecole Libre d’Acoz, eux non plus n’avaient pas oublié. Le jeudi 8 novembre, ils sont venus déposer une gerbe aux deux monuments sis au mur de l’église et à la rue de Moncheret.

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© Alain GUILLAUME – Novembre 2018.

 

L’hommage au cimetière d’Acoz

C’est ce jeudi 8 novembre 2018 que les élèves de l’Ecole Libre d’Acoz avaient un rendez-vous important avec l’histoire. Pour commémorer le centième anniversaire de l’armistice, l’Echevinat des Associations Patriotiques avait invité la population à rendre hommage à nos héros de la Grande Guerre, inhumés dans les différents cimetières de l’entité.

A 11 heures précises, tout le monde intéressé était rassemblé dans l’allée principale du cimetière d’Acoz pour écouter le discours d’accueil, lu par l’échevin.

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Guy Wautelet a relaté l’histoire de la guerre 14-18 : l’attentat de Sarajevo au cours duquel l’Archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire d’Autriche-Hongrie, est assassiné avec son épouse Sophie en juin 1914. C’est un extrémiste serbe qui le tue. L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet ; et c’est le jeu des alliances : la Russie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie et à la France… Notre pays est neutre, et sa neutralité est reconnue par toutes les puissances voisines. Mais les Allemands, pour défaire rapidement la France, ont un plan qui nécessite de passer par chez nous, le plan Schlieffen. Alors, le 2 août, ils lancent un ultimatum à la Belgique prétextant qu’ils ont appris de source sûre que les Français massent des armées sur la ligne Givet-Namur, et ils demandent à passer par notre territoire. La nuit du 2 au 3 août, le Roi Albert 1er et ses ministres discutent de l’attitude à adopter, et le matin le Roi fait un discours annonçant le refus d’autoriser toute puissance de violer le sol belge. Le 4 août, l’armée allemande entre en Belgique.

Les Allemands pensaient pouvoir passer rapidement chez nous en écrasant notre petite armée de 200.000 hommes, alors qu’eux possèdent un million d’hommes. Mais il y a les forts, il y a le courage des soldats belges qui résistent et retardent l’avancée allemande : l’effet de vitesse est raté. De plus, la violation du sol belge entraîne l’entrée en guerre de l’Angleterre. Les Allemands sont rendus furieux par ce retard apporté à leur projet, et ils se retournent vers la population civile : des hommes d’abord, puis des femmes, des enfants, des vieillards, des bébés sont assassinés. On estime à 5.000 le nombre de civils victimes des représailles allemandes.

Notre armée est cependant peu à peu refoulée vers Anvers, puis vers Ypres et l’Yser. Et là c’est le coup de génie : on ouvre les écluses qui permettent à l’eau de mer à marée haute de pénétrer à l’intérieur des terres, et l’avancée allemande est stoppée. Pour des années puisque la guerre des tranchées va débuter ; les tranchées avec les odeurs de pourriture, de morts, de déjections, les poux, les rats, le vacarme infernal des explosions, des tirs, les nuages de gaz…

Le 11 novembre 1918, l’Armistice est enfin signé.

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Bernard Alexandre allait prendre la parole :

 » Monsieur Wautelet vous a parlé de la Belgique dans la guerre 1914-1918 ;  je voudrais, pour ma part, vous parler de l’histoire de notre village d’Acoz, de ces hommes et ces femmes qui y vivaient en 1914. La plupart des tombes que vous allez fleurir tout à l’heure sont celles d’anciens combattants, mais pas uniquement : il y a aussi des tombes de résistantes et de soldats italiens. Je veux rapidement évoquer toutes ces personnes, en commençant par les anciens combattants.

Lorsqu’ils quittent notre village à la fin de juillet 1914, ceux qu’on appelle aujourd’hui « les anciens combattants» sont des hommes jeunes, ils ont entre 20 et 30 ans. Ils ne reviendront au village que 4 ans ½ plus tard, fin 1918 ou début 1919. Mais quand ils partent en juillet 1914, ils ne savent pas que cela va durer si longtemps, et ne s’en doutent même pas. Ils ne savent pas toutes les souffrances qu’ils vont endurer, ni les millions de morts que la guerre causera. Je ne vais pas vous parler de tous les anciens combattants,  ce serait bien trop long, je ne vous parlerai que d’un seul d’entre eux, Jean BOLLE.
Jean BOLLE est né en 1891 ; il a donc 23 ans au début du conflit. Il est le fils de Léon BOLLE et de Marie BESOMBE. Il est leur seul enfant. Il habite avec ses parents sur la route qui monte vers Lausprelle, la rue de Villers, maintenant.  Son père est cultivateur, mais aussi premier échevin de la commune d’Acoz. Jean a fait son service militaire en 1911, et il est mobilisé déjà le 23 juillet car on craint le début d’une guerre.
Le 4 août, les Allemands entrent en Belgique : la guerre est déclarée. Et Jean BOLLE va suivre tout le parcours de l’Armée Belge. Liège d’abord, puis le Brabant Flamand, puis Anvers, et enfin la retraite vers L’Yser et Ypres, le seul coin de Belgique encore libre. L’inondation des Polders va permettre d’arrêter enfin l’avancée allemande en octobre 1914. Le 24 octobre, le régiment de Jean BOLLE se lance dans une attaque afin de reconquérir une partie de terrain. Mais l’attaque échoue ; Jean BOLLE est tué à quelques mètres des lignes allemandes, dans une portion de terrain inondé, et son corps ne peut être récupéré. Le certificat de décès ne sera délivré qu’en avril 1917.
Pour ses parents, sa disparition est une terrible nouvelle : Jean était leur seul enfant, il avait déjà commencé à travailler avec son père, il était cultivateur comme lui, il allait reprendre l’exploitation familiale… Tous les projets s’écroulent, leur fils est mort avant eux. Ils vont alors lui élever une sépulture plus importante. Et quand ils mourront à leur tour, ils se feront enterrer auprès de leur fils. La mort ainsi réunira ceux que la guerre avait séparés.

Les secondes personnes dont je voudrais vous parler, ce sont deux femmes : Sœur Irma et Flora Thiriaux.
Sœur Irma était directrice de votre école car, à l’époque, votre école était tenue par des religieuses, les Sœurs de la Providence. Au moment où l’Armée Française arrive à Acoz le 20 juillet 1914 pour tenter d’arrêter les Allemands sur la Sambre, un poste de Secours est créé à la Brasserie d’Acoz. Sœur Irma y soigne les blessés français le 21 août. Le 22, les Allemands se rapprochant, le Poste de Secours est déplacé à Gerpinnes, au Château de Mr de Bruges, devenu le Collège St-Augustin aujourd’hui. Le 23, l’armée allemande continue d’avancer, les Français font retraite vers Philippeville et Beaumont. Les blessés les moins atteints sont pris en charge par le corps médical français, les autres restent sur place et continueront d’être soignés. Par Sœur Irma notamment qui cache et soigne des soldats français. Elle fait bientôt partie d’un réseau de résistance qui informe les Alliés et aide les soldats Français ou Belges à rejoindre la France ou l’Angleterre. Flora Thiriaux, de Lausprelle, fait partie du même réseau. En octobre 1915, Sœur Irma est dénoncée, arrêtée et enfermée à Charleroi ; en novembre, Flora Thiriaux subit le même sort. Les deux femmes seront jugées par le Tribunal de Guerre de Charleroi  le 4 janvier 1916 et condamnées à la prison et aux travaux forcés, Sœur Irma pour deux ans et Flora Thiriaux, pour trois ans. Elles sont toutes deux déportées en Allemagne. Sœur Irma est libérée en janvier 1918, et Flora Thiriaux, le 10 novembre 1918.

Enfin, je voudrais vous parler de la tombe des Italiens.
Car il y a aussi une tombe qui abrite 6 soldats italiens. Il faut savoir qu’au début de la guerre, l’Italie s’était rangée aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche. En 1915, l’Italie change de camp et se fait alors attaquer par les Allemands. Les combats se déroulent au nord du pays, dans les montagnes. Les Italiens perdent une bataille et des soldats sont faits prisonniers. 40 d’entre eux arrivent chez nous ; ils sont logés dans une dépendance de l’usine de Moncheret, là où se trouve maintenant le hangar des Aciers Grosjean. De la fin février 1918 à la fin avril, six d’entre eux vont mourir de malnutrition, d’épuisement et de maladie dans ce camp de prisonniers.

Ainsi que je le disais en commençant, la plupart des tombes que vous allez fleurir abritent les restes d’hommes qui sont revenus à Acoz à la fin de la guerre. Ils n’étaient plus les mêmes à leur retour ; ils avaient connu le froid, la faim, l’eau des tranchées, le bruit assourdissant de la bataille, la peur d’être tué ; ils avaient vu leurs compagnons blessés, tués, parfois déchiquetés  à côté d’eux; ils étaient à tout jamais marqués dans leur esprit et aussi parfois dans leur corps par ces quatre années d’épreuve. Et si nous avons le bonheur de vivre libres aujourd’hui, c’est aussi à eux que nous le devons. Aussi, votre démarche aujourd’hui d’honorer leur mémoire est importante car elle exprime à la fois votre reconnaissance et la conscience que vous avez de leur sacrifice. « 

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Les élèves ont suivi avec application ces minutes d’histoire.

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Quelle surprise lorsque Christiane Ernould allait à son tour prendre la parole pour nous parler de son oncle Alexis Debergh. Ce dernier avait subi une grave blessure lors d’un affrontement avec l’ennemi. Sa nièce allait nous faire découvrir sa plaque d’immatriculation militaire, les balles qui avaient été extraites de son épaule, un papier décoré par Alexis et envoyé à sa dulcinée Firmine Lien. Là, l’émotion était à l’extrême et les applaudissements traduisaient une grande marque de respect.

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Les élèves allaient déposer une fleur et une plaquette-souvenir sur les tombes de nos héros.

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Des familles impliquées avaient répondu à l’invitation.

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André et Monique Sainthuile devant la tombe d’Archange Borbouse-Collart.

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La famille Eloy, petits-enfants maternels de Gaston Bousette.  

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La tombe de Soeur Irma.

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La tombe des Italiens.

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© Alain GUILLAUME – Novembre 2018.