
Danielle GANGOLF et Gaby STEVAUX – Décembre 2018
ACOZ, vie locale d'un village au coeur de l'Entre-Sambre-et-Meuse
Vie locale d'un village au coeur de l'Entre-Sambre-et-Meuse

Danielle GANGOLF et Gaby STEVAUX – Décembre 2018
En 1988, le « Village N° 1 Reine Fabiola » à Ophain fêtait son 25e anniversaire.
Ses responsables avaient lancé, un peu partout en Wallonie, une invitation pour organiser une journée avec défilé sur leur site, le but étant d’offrir un spectacle et porter un peu de joie et de bonheur à ces jeunes et moins jeunes qui n’ont pas la chance de connaître une vie ordinaire.
L’Association des Marches Folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse a répondu positivement et avait proposé une participation de plus de 1.100 Marcheurs.
Les réunions se succèdent avec les comités de Marche qui désiraient y participer. Une des questions primordiales était le transport. Michel PÂQUES, résidant dans notre village, conducteur à la S.N.C.B., lance l’idée d’un voyage en train. Il interpelle les responsables des Chemins de fer belges et tout se met en place très rapidement. Le départ sera donné de la gare d’Acoz. Et c’est ainsi que la ligne Châtelet-Givet allait revivre, ne fût-ce qu’une journée.




Le rendez-vous est fixé le samedi 21 mai à 11 heures 20 avec un itinéraire bien précis, passant par Châtelineau pour la destination de Braine-l’Alleud.
Les compagnies de Marcheurs, dont la Sainte-Rolende de notre village, ont défilé tout l’après-midi. Le retour s’effectua sans problème, d’autant que la plupart des Marcheurs, conscients du devoir qui les attendait, devaient être au poste et en forme le lendemain pour fêter sainte Rolende.



La gare d’Acoz était bien triste dans la soirée de ce 21 mai car à 19 heures 30 rentrait son dernier train et elle vivait ses derniers moments d’activité.
Anecdotes
Près de 90 zouaves ont répondu « présent » à cette manifestation, avec dans le cœur un brin de nostalgie lorsque le convoi arrive à hauteur de la défunte usine de Moncheret. Les conversations vont « bon train » et les commentaires fusent : « Wétèz, c’èst drolà dji bouteûs ! » (« Regardez, c’est là que je travaillais ! »), « Eh, wétèz, èl vîye baraque est toudis d’bout ! » (« Eh, la vieille baraque est toujours debout ! »)…
Le Comité d’Acoz a tout prévu : les cannettes de bière et soda sont du voyage … On déguste raisonnablement. Lors du défilé, quelques arrêts sont prévus pour désaltérer les braves soldats. Les minutes s’égrènent, que dis-je ! … les heures !
François BODART, l’homme discret par excellence, profite de l’un de ces arrêts pour satisfaire un petit besoin. Il choisit un endroit. Mais voilà le propriétaire des lieux, semblable à notre Lukaku national à son top niveau, lui administre un shoot bien placé qui, d’après les connaisseurs présents, était d’une fameuse puissance et d’une grande précision. François ne demande pas son reste et nous rejoint sans broncher.
Mais, il ignorait que la scène avait été vue. Le dimanche début d’après-midi, c’est le rassemblement pour la première salve au Château d’Acoz. Quelques copains lui offrent un coussin, l’accessoire idéal pour atténuer les douleurs occasionnées la veille.
Notre jardinier d’un jour jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus !
Pour en connaître plus sur cette ligne de chemin fer, j’ai contacté Alain POSTIAU, passionné par le Chemin de fer et son histoire.
Voici son condensé :










(Sources: Paul KEVERS : Belgische spoorlijnen).
Je tiens à remercier Alain POSTIAU, Christian DENEFFE et Anne MONDY pour leur collaboration et le prêt de documents photographiques
© Alain GUILLAUME – Novembre 2018.

Quel ne fut pas mon étonnement quand j’ai appris que Philippe FRERES, Acozien pure souche, s’était lancé dans le célèbre pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.
De retour, en ce début d’octobre, je l’ai rencontré afin de vous faire vivre cette expédition.
Alain GUILLAUME : Alors, Philippe, te voyant, tu pètes la forme ! Ma première question est peut-être hasardeuse : « Quand as-tu pensé à ce pèlerinage et pourquoi ? »
Philippe FRERES : J’avais à peine 20 ans et, petit à petit, c’était devenu une obsession. C’était une démarche spirituelle et un défi. Il y a une dizaine d’années, j’étais certain que j’allais m’y lancer un jour. Au mois de janvier de cette année, la cinquantaine approchant, c’était décidé, ce sera cette année.
A.G. : Te sentais-tu capable physiquement ? Et le problème de ton emploi ?
P.F. : Je me suis préparé sérieusement. Tous les mercredis, sac au dos, je quittais mon domicile pour parcourir 25 kilomètres. Je n’en ai parlé à personne mais il y a sûrement des Acoziens qui se sont posé des questions, me voyant traverser notre village. Au sujet de mon emploi, j’ai entamé les démarches d’une pause carrière auprès de la S.P.W.
A.G. : Quand es-tu parti ?
P.F. : J’ai quitté Acoz le 2 mai pour rejoindre Maredsous. C’était le « prologue » car c’est exactement le 7 mai que la première étape allait me conduire à Leffe et ensuite vers Rocroi. Je comptais marcher 150 kilomètres par semaine avec 1 jour de repos.




Un itinéraire bien défini m’a conduit à Reims – Troyes – Auxerre – Vézelay – le Puy-en-Velay – la Voie du Puy jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port – la Voie Nive-Bidassoa – le Camino del Norte – le Camino Primitivo pour atteindre Santiago de Compostella. J’ai poursuivi ma route en découvrant des paysages typiquement galiciens jusqu’au Cabo Fisterra sur la côte atlantique.

Sur la plage de Langosteira à Fisterra, c’est là que les premiers pèlerins venaient cueillir la coquille Saint-Jacques, symbole des pèlerins de Compostelle. Le 5 octobre, j’arrivais à Muxia au Sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Barque où, selon la légende, elle serait arrivée sur la Côte de la Mort dans une barque de pierre pour encourager Saint-Jacques dans sa mission d’évangélisation et où de grosses pierres magiques gisent encore face au Sanctuaire ; elles seraient les vestiges de l’embarcation.

J’avais accompli 2.834 kilomètres. C’était le moment du retour, en car pendant 26 heures pour atteindre Charleroi !
A.G. : Nous étions beaucoup à te suivre journellement via le site « Memotrips » où tu y postais ton carnet de route et tes photos… Il suffisait de s’inscrire, taper « Elcoqui » et on était connecté…
P.F. : Oui mais dans un premier temps, le site était destiné à stocker les photos que j’avais prises avec mon smartphone. C’était prévu, j’avais pris un abonnement à un opérateur télécom français pour la connexion « 4G ». C’est ainsi qu’est né mon carnet de route. Mon compte recevait parfois 200 visites dans la même journée. Les commentaires que je recevais de Belgique m’ont énormément boosté.
A.G. : As-tu connu des défaillances ?
P.F. : Je me suis foulé le pied gauche et cela m’a obligé à prendre 2 jours de repos et la prise d’anti-inflammatoires. Quelques jours plus tard, la douleur est réapparue mais, là, plus de repos et j’avoue que la douleur a disparu après quelques jours.
A.G. : Et le logement, les repas, la lessive… ?
P.F. : Dans le nord de la France, je logeais souvent dans des maisons d’hôtes (accueil pèlerin). Je recevais un dîner complet le soir et le petit déjeuner. Une douche et les commodités étaient les bienvenues. Note que je ne me tracassais pas car je voyageais avec une tente dans mon sac. J’ai logé aussi dans un camping, dans un jardin ; très rarement, j’ai pratiqué le camping sauvage et je devais me préparer un repas chaud : mon petit réchaud était le bienvenu, j’utilisais du bois sec et parfois des pommes de pin, je n’avais pas difficile de trouver une épicerie.


Plus j’avançais, plus je rencontrais des gîtes d’étape gérés par les mairies avec cuisine, douche, commodités…
A.G. : Où as-tu acquis ton bâton de pèlerin ?
P.F. : Je suis parti d’Acoz sans bâton mais cela n’a pas duré longtemps. Lors de la 3e étape, du côté d’Anseremme, un sanglier m’a chargé mais heureusement, il s’est arrêté à quelques mètres. A mon avis, il défendait les marcassins qui devaient se trouver non loin. Deux jours plus tard, j’ai découvert une vingtaine de bâtons qui gisaient au milieu du chemin. Mon choix fut vite fait… un bâton de 2 mètres qui allait m’aider lors de l’ascension de côtes. Figure-toi qu’il a perdu 40 centimètres en 5 mois de route. Pourtant, un aubergiste attentionné lui avait planté une pointe de Paris à sa base !
A.G. : As-tu des anecdotes ?
P.F. : Oh oui !



A.G. : Et ton arrivée à Acoz ?
P.F. : Ma compagne Karine m’attendait à Charleroi. Arrivés à Acoz, la belle surprise ! La famille, les musiciens, les amis proches et ceux qui m’avaient suivi sur « Memotrips » m’attendaient sur la place de l’église et « Les Coquis d’Aucot » ont été interprétés en mon honneur. Le verre de l’amitié et les amuse-gueules ont suivi, sans oublier les incontournables bières belges qui m’ont manqué !







A.G. : Tu reprends bientôt le boulot ?
P.F. : C’est pour lundi prochain ! Si la météo le permet, je pourrai m’y rendre à pied… Ben quoi, Charleroi, ce n’est qu’à 10 kilomètres !
Jour 65 : 10 juillet 2018
05h15, les impatients commencent à se préparer. Progressivement les rideaux de cellule s’ouvrent, les portes d’armoire claquent.
05h45, je me lève – 06h30, déjeuner, l’occasion de faire connaissance. Curieusement, tout le monde se tutoie mais personne ne demande quel est ton prénom mais d’où viens-tu, où vas-tu ?
07h00, messe à la cathédrale suivie de la bénédiction des pèlerins.
Je respecte la tradition et prends une prière, à lire chaque jour du pèlerinage, laissée la veille par un pèlerin. Je laisse moi-même une prière pour un futur participant. Nous sortons par le ventre de la cathédrale pour recevoir la protection de Notre-Dame de l’Annonciation. Je descends les 134 marches de l’édifice, pas trop vite, pour profiter du moment, un peu comme au “pas ordinaire”. L’émotion est intense pour le pèlerin quelles que soient ses motivations.
Nous sommes une soixantaine à partir aujourd’hui. Je partage un bout de chemin avec Guillaume qui parcourt l’itinéraire pédestre à vélo à raison de 2 étapes par jour. L’ambiance est vraiment différente ; de Vézelay au Puy je n’avais vu qu’une dizaine de pèlerins ; là c’est jour de marché. Je m’arrête pour une petite pause à la Chapelle Saint-Roch de Montbonnet…

Jour 82 : 27 juillet 2018
07h20 : Marie, l’hôtelière lilloise, me lance du pas de la porte du gîte un Ultreïa. Sur le grand escalier, dernière porte vers le sanctuaire, quelques jeunes accompagnés d’un prêtre gravissent les 216 marches à genoux, un “Je vous salue Marie” à chaque marche.
Dans la vallée de l’Alzou quelques paramoteurs virevoltent. Je m’éloigne du Roc par le versant opposé, sur le GR46. Un peu plus loin je suis dépassé par Bipbip Aymeric « le Bruxeler » et Annick la Québécoise.
Le GR se poursuit par de petites routes et chemins bordés de chênes. Petite pause avec des Marseillais avant de traverser l’autoroute A20. Bipbip « le Bruxeler » me dépasse à nouveau, il était pourtant normalement devant moi, et il cherche Annick la Québécoise que je n’ai plus vue. Il s’en passe des choses dans le peloton. Je franchis de nouveau l’autoroute A20. Je monte vers Labastide-Murat, étape de transition vers Cahors.


Jour 151 : 4 octobre 2018
Courte étape entre Corcubión et le bout du monde, là où le soleil se couche. La légende veut que « Tout meurt à Finisterre, tout renaît à Muxía ». Se termine ici le chemin mythique Santiago – Fisterra. Certains brûlent un vêtement ou une chaussure, signe du changement de peau, du renouveau intérieur.
Je rencontre Johann le Nantais, parti en avril pour rallier la voie du Puy. Nous totalisons le même nombre de kilomètres. Ce soir les pèlerins se donnent rendez-vous au phare, confin de l’Europe occidentale, pour assister au coucher du soleil … la météo est idéale.

La nuit tombe et des odeurs de textile en feu se répandent. Il est temps de redescendre à Fisterra, 3,5 km plus bas. Dernier verre avec Johann qui est déjà passé à Muxia, il reprend le bus demain pour Compostelle. Demain, dernière étape…
2804,92 km. 27°.























© Alain GUILLAUME – Novembre 2018.
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Toujours dans le cadre de la commémoration de 14-18, nous disposons d’un cadre affichant les médailles de feu notre grand-père maternel Gaston BOUSETTE (voir le livre « ACOZ ET LA GUERRE 14-18 » – Geneviève LUSIAUX – pages 105-106).

Au-dessus à gauche : MEDAILLE DE LA VICTOIRE 14-18
Au-dessus au milieu : MEDAILLE DE LA BATAILLE DE L’YSER
Au-dessus à droite : MEDAILLE COMMEMORATIVE 14-18 AVEC 4 BARRETTES DE FRONT
Au milieu à gauche : CROIX DE GUERRE AVEC PALME D’OR
Au milieu à droite : CROIX DE FEU (décernée aux soldats ayant passé toute la guerre au front)
En -dessous à gauche: MEDAILLE MILITAIRE DE 2ème CLASSE
En-dessous au milieu: MEDAILLE DE TABLE DE L’YSER (titulaire de la Carte du Feu gravée à son nom)
En-dessous à droite : PALME D’OR DE LA COURONNE
L’uniforme de notre grand-père a été précieusement conservé par notre famille avant d’être offert au Musée de la Tour d’Air à Liège où il est exposé.
© Etienne et Luc ELOY