La période des foins

René DEGRAUX 2 840 cc
Gaby STÉVAUX et René DEGRAUX dans le champ en montant la rue de la Raguette où fut construite la cité Hector POULEUR. A l’arrière-plan, la propriété de la famille STÉVAUX.

René DEGRAUX 1 840 cc
Gaby STÉVAUX, René DEGRAUX et Jean DELFORGE.




En me montrant ces deux photos Gaby STÉVAUX me dit :

« Tu sais, Alain, ces deux photos sur lesquelles on reconnaît René DEGRAUX et moi sur le cheval ont été prises par mon père en juin 1957 à la période des foins. Ces photos me remémorent l’émoi et le trouble suscités au plus profond de mon âme d’enfant dans les jours qui ont suivi. Les détails très précis de cette histoire me serrent la gorge encore aujourd’hui comme si ces faits s’étaient déroulés hier ».

J’ai trouvé le récit de Gaby émouvant et attachant. Il sonne un peu comme un conte pour enfant. Voici ce que Gaby me dit :

Un rêve de gosse

« René DEGRAUX, le cheval et moi avons une histoire qui nous unit fortement, dans mon esprit en tous cas, une histoire aussi touchante et merveilleuse qu’elle puisse l’être dans la tête d’un gosse. Enfant de 6 ans, l’évènement avait suscité en moi une émotion tellement forte que mon histoire était devenue Histoire.

En fait, depuis ma plus tendre enfance j’étais fasciné, envouté même par le monde animal en général, par les grands chiens bien sûr – nous en avons eu beaucoup qui se sont succédé – mais j’avais aussi énormément d’affection pour d’autres animaux, comme les chevaux par exemple. Il faut dire qu’à la maison, outre notre chien qui était le copain quotidien de mes jeux et à qui je confiais mes joies et mes petits chagrins, nous étions entourés de nombreux d’animaux : poules, chèvres, lapins, dindons, canaris, poissons et même des abeilles puisque mon père possédait plus de trente ruches.

Toujours, je recherchais la compagnie des animaux. J’ai le contact facile avec eux, encore aujourd’hui. J’aime les approcher, les caresser bien sûr, mais aussi sentir leur chaleur, respirer leur odeur et, en leur parlant doucement, je tente de leur communiquer mon affection pour leur offrir mes différences d’humain. J’essaye de percevoir leurs sentiments, de comprendre ce qu’ils veulent me dire en m’efforçant de créer complicité et confiance avec eux. C’est sans doute ma situation familiale d’enfant unique qui explique cela, au moins en partie.

Comme les autres enfants de village, j’étais très proche de la nature. Mon grand-père m’apprenait à distinguer les différentes espèces d’oiseaux de nos régions et leurs chants, à jardiner aussi et, étant menuisier, il m’initiait au travail du bois et à l’usage des outils. Il m’expliquait comment discerner les principales essences et à reconnaître les arbres.

Bref ! René DEGRAUX, brave homme au demeurant mais blagueur aussi, a vite deviné mon attirance pour son cheval. Du coup, il n’a rien trouvé de mieux que de me fourrer dans la tête, moi tout gosse, qu’il pouvait me procurer un cheval. Ce serait même un jeune cheval, déjà dressé et parfaitement adapté à ma taille.

J’ai avalé ça tout cru !

Je croyais dur comme fer à cette idée d’autant plus que René m’avait habillement glissé dans l’oreille que ce cheval m’était promis par la baronne en signe d’amitié pour les services rendus par mes grands-parents et arrière-grands-parents. C’était vraisemblable pour moi puisque mon arrière-grand-père avait été jardinier au château d’Acoz et que mon grand-père y avait travaillé comme menuisier. D’ailleurs,  à l’époque de cette histoire, alors que nous avions déjà aménagé à la rue de la Raguette, mon grand-père faisait encore des réparations au château.

Dès lors, persuadé que j’allais posséder un cheval pour moi tout seul, j’ai commencé à construire un box pour l’accueillir. Je savais me servir des outils de menuisier. En effet, ayant observé des heures durant jusqu’à en tomber de sommeil mon grand-père suant sang et eaux sur son établi, celui-là même sur lequel je travaille encore aujourd’hui, je savais très bien à quoi servaient et comment utiliser ses bouvets, trusquins, varlopes, scies à chantourner, gouges, planes, et autres vilebrequins. De plus, tous les matériaux nécessaires étaient à ma portée : planches, vis, clous, fils de fer, treillis. Rien ne manquait !

Je me suis donc mis à la tâche avec courage et détermination. Mes travaux allaient bon train, car la construction de ce box était devenue ma véritable obsession. On appellerait cela névrose obsessionnelle aujourd’hui. En effet, pendant des semaines, j’ai consacré le moindre de mes instants de liberté à la construction de mon rêve.

Mon père et mon grand-père ont bien essayé de freiner mes ardeurs en me disant :

 – «  Ton box est trop petit, ton cheval ne saura pas y entrer »

 – « Mais si qu’il pourra y renter car c’est un petit cheval »

– « Et que vas-tu faire de ton cheval quand tu seras à l’école ? »

« Eh bien je le laisserai brouter l’herbe des pelouses, en plus il nous évitera de devoir les tondre ! »

– « Oui, mais il faudra aussi le nourrir de blé et d’avoine !

– « Je lui donnerai des graines des poules ». Avais-je répondu.

Il faut dire qu’à cette époque nous avions beaucoup de poules, nous en avons eu près d’une centaine et nous vendions leurs œufs aux habitants du quartier. Notre réserve de graines était donc importante. Les graines que je croyais naïvement pouvoir être consommées par MON cheval ne manqueraient pas. J’étais dans ma bulle, je ne vivais qu’au travers de ma propre réalité : J’ALLAIS AVOIR UN CHEVAL ! Et peu importait ce que mon père et mon grand-père disaient.

A bout d’arguments et, bien conscients tous deux qu’ils brisaient un rêve de gosse, ils furent contraints à regret de me dire que René DEGRAUX m’avait fait une farce, que tout ça n’était pas vrai et que je m’étais monté la tête.

Je ne les ai pas crus et j’ai repris mon travail de plus belle, avec encore plus d’ardeur et de conviction. Mon obstination avait atteint un point tel que je ne prenais plus le temps de manger pour m’encourir aux travaux de construction de mon box.

Mon père s’est alors pris d’une colère noire justifiée par le fait que non seulement rien ne m’arrêtait mais surtout, je crois, PARCE QUE je persistais à croire ce que René m’avait fourré dans le crâne, mais pas ses démentis à lui, … mon père !

Vu l’impasse dans laquelle cette situation nous avait menés, mon père a dû se résoudre à aller trouver René pour le sermonner et lui enjoindre de me dire la vérité … ce que René a finalement fait.

J’ai beaucoup pleuré… »

——–

Suite à cet émouvant témoignage, j’ai voulu en savoir plus sur René et le cheval. J’ai donc contacté son petit-fils Michel qui m’a répondu :

« Le cheval s’appelait Mousette, un des trois chevaux de ma tante Germaine DEGRAUX (sœur de René) et de son époux Marcel TENRET qui tenaient la ferme à la rue des Ecoles (actuellement la propriété de la famille CHIF).

Ils ont déménagé vers 1954-55 pour occuper la maison natale de Marcel, à la rue de la Tour Octavienne (actuellement de Mireille RAVASIO, veuve de Michel SCIEUR). La ferme de la rue des Ecoles a été reprise par leur fils André et son épouse Georgette BERGER. Ces derniers ont eu trois enfants : Philippe, Marc et Rita.

Mes grands-parents habitaient à la ferme MEUNIER, à la rue des Ecoles (dans le cul de sac, en face de chez Etienne et Véronique BASTIN-DEGUELLE). Mes parents, mon frère René et moi-même partagions l’immeuble. »

 

© Alain GUILLAUME – Février 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s