Il fut planté en septembre 1951, juste à côté du monument dédié aux victimes civiles de la Seconde Guerre mondiale. D’année en année, on a suivi sa croissance, gagnant ainsi sa place en protégeant l’œuvre d’art signée Zéphir BUSINE.
De ses 25 mètres, ce peuplier a dominé le quartier du centre d’Acoz, défiant le clocher de l’église Saint-Martin. A combien de moments sacrés il aura assisté, les cérémonies patriotiques du 11 novembre, les dépôts de fleurs des Compagnies de Marcheurs, les hymnes nationaux, les visites de nos jeunes écoliers…
Il aura rempli sa tâche en protégeant le lieu sacré de son imposante carrure, bravant vents et intempéries. Bien que toujours en parfaite santé, les bases ne suivaient plus à assurer sa stabilité nécessaire et la dramatique et logique décision devait suivre.
« Adieu, l’ami, on t’aimait bien, tu sais… c’est dur de mourir au printemps, tu sais ». (Jacques BREL)
Souvenir…
Espérons maintenant un nettoyage haute pression du monument et la suppression des 2 emplacements de parking…
En novembre 2007, j’avais publié un petit article qui fut repris dans mon ouvrage « Acoz de A à Z », tome 1, page 161 :
« Ce drapeau tricolore a été retrouvé à Lausprelle, dans le grenier de Madame MORIAMÉ. Cette dame en avait fait dont jadis à Joseph ELOY pour qu’il figure au nombre des souvenirs du Cercle de Recherches Historiques d’Acoz qui n’existe plus aujourd’hui.
Nous ignorons tout de ce groupement créé en 1910. Il pourrait cependant avoir son origine en rapport avec des militaires ayant accompli leur service personnel et obligatoire, pour la première fois, après que le tirage au sort eut été aboli le 18 novembre 1909 ».
Dernièrement, j’ai retrouvé trace de courrier envoyé par Joseph ELOY à diverses associations patriotiques :
« … Nous recherchons depuis un certain temps des informations sur les sociétés locales des anciens militaires d’Acoz dont nous possédons le drapeau de 1910. Hélas, nos recherches sont vaines. Le Musée de l’Armée n’est pas en mesure de nous fournir la moindre source de renseignements. Chez nous, plus de trace de cette activité dans les souvenirs des plus âgés. Rien à espérer du côté des archives communales brûlées dans l’incendie de 1914…
Si vos recherches vous ont fourni assez d’informations sur cette société, vous nous serez très agréables de nous les communiquer car nous pensons que ces sociétés sont issues d’une même idéologie… ».
Un courrier émanant d’Arthur CAUDRON de Mons (Jemappes) a retenu toute l’attention de notre historien local :
« C’est avec grand plaisir que je vous transmets les éléments que j’ai recueillis :
Sociétés Royales des Anciens Militaires
Je crois que c’est au cours des dix dernières années du règne de Léopold II que la plupart des cercles ont été créés.
Je ne vous apprendrai rien de notre ancien roi, tout comme son père, le fondateur de notre dynastie, était inquiet de la tournure des événements internationaux (visées annexionnistes de Napoléon III, entrevue dramatique en janvier 1904 avec GUILLAUME II, sans oublier les troubles sociaux exacerbés avec la naissance du P.O.B. et de la D.C.).
Mais notre souverain se heurta à l’aveuglement d’une partie de la majorité parlementaire et à l’antimilitarisme de la « vieille droite », renforcé après la débâcle française à Sedan (G.H. DUMONT, « Histoire de Belgique » pp. 421 et suivantes).
Ne serait-ce pas la cause profonde de la création, par volontaires interposés, de « fraternelles » afin de contrebalancer l’esprit défaitiste de politiciens naïfs ?
N’oublions pas que le principe du service militaire personnel (un fils par famille) adopté par la Chambre par 100 voix contre 68, fit contresigné in extremis par Léopold II le 15 décembre 1909, c’est-à-dire 3 jours avant sa mort (op. cit. 441). »
Le 12 août 1980.
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Ce drapeau avait « quitté » notre village après bien des péripéties. J’en avais retrouvé la trace et Thierry FRIPPIAT, l’actuel président du Cercle d’Histoire et de Généalogie de Gerpinnes, l’a récupéré. Dans un très bon état de conservation, il « repose » aux bons soins du Cercle d’Histoire.
En 1849, lors de la construction de l’église paroissiale Saint-Martin à Acoz, une crypte fut aménagée côté de la petite nef gauche, en-dessous de la deuxième sacristie qui, en fait était l’ancienne tribune de la famille de DORLODOT. La sacristie était accessible par l’extérieur en empruntant la petite enclave pour atteindre la porte d’entrée.
Cette crypte renferme les corps de la famille de DORLODOT, ainsi que celui de l’abbé Eugène DRUET, curé de la paroisse.
Elle se compose de 5 niches de 3 niveaux se trouvant en réalité sous l’ancien cimetière.
Lors du déblaiement en 1959, les 5 niches supérieures ont été mises à jour. La solution était de construire un trottoir pour la conservation de celles-ci.
Il fallut enlever la grande dalle en pierre pour accéder au lieu et on y a découvert un caveau au centre de la salle. Celui-ci est constitué de 3 rangées de 2 emplacements. Les 5 niches emmurées sont construites sur 3 étages. Le plafond est une solide voûte en briques. Entre les cercueils superposés et ladite voûte il existe un espace de 80 centimètres à 1 mètre.
Profitant de l’ouverture, la famille de DORLODOT a exhumé plusieurs cercueils qui ont été transférés dans la crypte de l’église paroissiale Saint-Léon de Lausprelle.
Selon les écrits de Marcel DEBERG, actuellement la crypte renfermerait 9 corps : 6 dans la salle (caveau) ; 1 dans la rangée supérieure des niches (dans la fond) où repose le corps de l’abbé DRUET ; 2 dans la rangée du dessous.
Le 24 août 2014, pour commémorer le 100ème anniversaire de la mort de l’abbé DRUET, le Conseil de la Fabrique d’Eglise a scellé une plaque commémorative au mur de l’église, à l’emplacement de la crypte où repose le corps du martyr.
Le corps de l’Abbé DRUET fut placé dans un double cercueil et inhumé, soit dans le cimetière près de l’église, soit dans celui de la rue de la Scavée.
Sans connaître la date exacte, Fernand SAINTHUILE, fossoyeur à Acoz, procéda à l’exhumation du cercueil pour le placer définitivement dans la crypte des de DORLODOT.
En mai 2019, le service des travaux de la commune de Gerpinnes a procédé au déblaiement du trottoir le long de l’église ce qui a permis de mettre à jour 3 niches supérieures. Avec l’aide de Didier BRISON et Camille DIERICKX, on a pu s’introduire à l’intérieur de la crypte pour y prendre quelques photos :
Le trottoir fut remplacé par des bacs à fleur du plus bel effet.
Au XIXème siècle, jusqu’en 1909, le service militaire était fonction d’une loterie.
Le Hainaut était divisé en cantons de milice ; les conscrits se rendaient au siège de leur bureau de recrutement, où ils « tiraient » avec les jeunes gens de quelques autres localités.
Le tirage au sort désignait les miliciens appelés à servir dans l’armée. Seuls, les fils soutiens de famille, les mariés d’avant le tirage, et les ecclésiastiques étaient exemptés du service militaire.
Étaient aussi exemptés du service militaire tous ceux qui étaient handicapés physiques, les accidentés ou invalides, de même ceux reconnus déments.
Le degré d’instruction des conscrits n’était pas pris en considération ; qu’ils soient des plus instruits ou illettrés, le service militaire devait être accompli par tous les appelés par le sort.
Suite à l’article relatif au procès de l’assassinat d’Hector POULEUR, Roland BIRON a réagi en nous présentant un article paru dans le quotidien « LE RAPPEL » du vendredi 29 septembre 1944.
On sait que la série des crimes odieux que la fureur rexiste avait déchaînée sur la région de Charleroi n’a, hélas ! pas épargné Acoz. Elle a même sévi pendant plusieurs jours dans le charmant et paisible village. Vers la fin de juillet, des membres d’un mouvement de résistance, à ce que l’on suppose, abattirent chez eux le père et la mère d’un légionnaire du front de l’Est.
Ce fut le signal.
A l’occasion de l’enterrement de ces deux civils, une trentaine de « noirs » saccagèrent plusieurs maisons du hameau de Lausprelle, puis descendirent dans le centre de la commune et s’en prirent au château de Monsieur le Baron PIRMEZ.
La brigade allemande de Gerpinnes avertie, accourut et s’apprêtait à ouvrir le feu sur les « noirs », mais une trentaine de Feldgendarmes firent leur apparition et de concert avec les traîtres, continuèrent le pillage.
Ce ne devait pas être fini.
Le lendemain, une sinistre rumeur courait de porte en porte.
Une voiture s’était arrêtée devant la maison de Monsieur Hector POULEUR, ancien combattant de 1914, conseiller communal et président de la Commission d’Assistance Publique. On venait enlever Monsieur POULEUR. Deux heures plus tard, la famille apprenait que le malheureux avait été tué dans le bois de Nalinnes.
Cet affreux drame venait s’insérer dans la série rouge qui débuta par l’assassinat de Monsieur Emmanuel DUMONT de CHASSART, bourgmestre de Saint-Amand et qui continua avec les assassinats de Monsieur HIERNAUX, ancien ministre, du Comte d’Outrelmont et de sa femme, à Ham-sur-Heure et de plusieurs autres pour atteindre son point culminant le 18 août. Plus de soixante personnes furent lâchement abattues par les rexistes et leurs complices allemands.
A l’époque, il n’y eut pas de cérémonies religieuses car la terreur régnait à ce point que les enterrements eux-mêmes servaient de prétextes à de nouveaux assassinats. Mais lundi dernier, l’Administration Communale d’Acoz a fait célébrer un service solennel à la mémoire de Monsieur Hector POULEUR. Ce fut l’occasion pour la population d’Acoz et des villages environnants de rendre à ce martyr un suprême et éclatant hommage de vénération.
Une foule que l’on peut bien qualifier d’innombrable a assisté à la cérémonie.
La messe fut célébrée par Monsieur le Curé d’Acoz, assisté de ses confrères de Lausprelle et de Joncret. Une demi-douzaine de drapeaux faisait comme une garde d’honneur. Le catafalque, gardé par des représentants des armées de 1914 et de 1940 était recouvert du drapeau national.
Au cimetière, Monsieur MEUNIER, échevin, lut l’allocution suivante que Monsieur le Bourgmestre, retenu à Bruxelles par la situation politique, avait préparée :
« L’Administration Communale d’Acoz a voulu rendre un suprême hommage à la mémoire d’un de ses administrateurs les plus dévoués qui fût lâchement assassiné à la veille de la délivrance de pays.
Monsieur POULEUR mettait son temps, son intelligence et son activité au service de ses concitoyens. Ils lui en conserveront une reconnaissance méritée.
Combattant de la guerre de 1914-1918, il ne doutait pas que, cette fois encore, la justice et le droit triompheraient finalement.
Il aurait pu longtemps encore apporter son précieux concours à notre administration. La brutalité d’un assassin nous en a privés.
Nous conserverons sa mémoire comme celle d’un bon patriote, d’un bon serviteur du Pays et de la Commune.
Puisse la considération dont son nom restera entouré, adoucir la douleur de sa famille.
Nous adressons à celle-ci, au nom de la population, une pensée émue et un suprême hommage, confiant que Dieu aura accueilli celui qu’elle pleure, comme un soldat courageux et un martyr de la liberté.
Hector POULEUR est mort en effet pour la patrie. Il est de ceux qui maintenant réclament là-haut la justice sur la terre et la paix pour les hommes de bonne volonté ».
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Des souvenirs d’Elisabeth GIGOT, relatés à son fils Roland :
Une voiture, circulant sur la chaussée Châtelet-Gerpinnes, s’arrête à hauteur d’un passant. L’un des passagers lui demande l’adresse de la maison où réside Hector POULEUR. Sans se douter du but de la visite, l’adresse leur est donnée immédiatement. Ce passant n’était autre que Louis BOURBOUSE, neveu d’Hector POULEUR.
René et Elisabeth BIRON-GIGOT occupaient l’une des maisons sises à gauche en montant la rue de la Raguettte, juste avant la rue des Ecoles. Elisabeth a vu une grosse voiture noire qui prenait la direction de Lausprelle. Il y avait quatre occupants dont Hector POULEUR. Ce dernier ne portait pas sa casquette, ce qui l’a troublée.
Selon les dires d’Ida HOUYOUX, lors de son enlèvement, Hector a voulu emporter sa casquette. L’un des futurs assassins aurait déclaré : « ça ne vaut pas la peine, on n’en a pas pour longtemps ! »