Octave PIRMEZ

Il m’a semblé intéressant de vous présenter un article relatif à Octave PIRMEZ, publié dans la presse régionale en date du 27 janvier 1904.

Nous signalions récemment dans le dernier fascicule de la « Biographie PIRMEZ » la notice consacrée à Octave PIRMEZ par M. Maurice WIMOTTE, au moment où l’association des écrivains belges prépare une anthologie de cet écrivain, du châtelain d’Acoz, comme on se plaît à l’appeler, l’esquisse de sa vie est d’actualité, et elle offre d’autant plus d’intérêt qu’elle implique en quelque sorte l’appréciation de ses œuvres, aussi, nous en tenons-nous là, quelle que soit la valeur de ce compliment :

Octave PIRMEZ, écrivain, né à Châtelet, le 19 avril 1832, mort à Acoz, le 30 avril 1883, d’un père gentilhomme campagnard, dont l’unique plaisir était la chasse, et d’une mère chrétienne et lettrée, qui exerça sur l’éducation de ses fils une influence considérable. Il avait deux frères, dont l’un, Emile PIRMEZ, fut le père de Maurice PIRMEZ, et dont l’autre, Fernand, mourut comme lui, célibataire à l’âge de 28 ans et, comme lui, consacra sa vie à l’étude et à la méditation.

Octave PIRMEZ éprouva, dès l’enfance, un goût intense pour la solitude et les plaisirs de la vie agreste. Il nous rapporte qu’il passait tout son temps « à errer dans un vaste jardin dont la vue s’étendait, au loin, vers le village de Pont-de-Loup ». Et il ajoute : « Vagabonder par les prés, le long des eaux courantes, tout observer, jusqu’au balancement insensible des herbes, me causait un charme indicible. Mais les instincts meurtriers, naturels à l’enfance libre, le mêlaient parfois à ma curiosité… plus tard, ces instincts se développèrent en une passion pour la chasse que je ne pus jamais maîtriser ».

Il accompagnait son père dans ses pérégrinations à travers bois, et, déjà curieux des choses de la nature, il notait dans son « cahier d’histoire naturelle les ruses des lièvres, des renards et des belettes » ; il y faisait « des illustrations, et toutes les marges étaient ornées de vignettes » ; il y notait le passage des oiseaux de tenderie, les époques de l’an où les chanteurs ailés des bois viennent en dissiper la mélancolie : « C’est en ces heures-là, je crois, que je m’enamourai de la nature au point de vouloir un jour exprimer ses attraits par ma plume. Que m’importait alors la vie des hommes illustres de Plutarque. La biographie et les faits et gestes de Chareau, Ramette, Rustaud, Blandier étaient pour moi d’un bien autre intérêt ». Ainsi s’expliquent les pages descriptives qui, dans sa correspondance, et particulièrement dans « les Lettres à José », se mêlent aux effusions tendres et aux réflexions graves ; ainsi s’expliquent aussi, dans ses recueils de pensées, les nombreuses comparaisons et métaphores empruntées à la nature, aux plantes, aux arbres, aux animaux.

L’éducation d’Octave ne ressembla guère à celle des jeunes gens de sa classe et de son âge. Elle fut libre et spontanée, à l’exception d’une année d’études qu’il fit au Collège Saint-Michel, à Bruxelles, et dont il semble avoir conservé un souvenir plutôt amer : « C’était mon chagrin de ne plus voir s’étendre devant mes pas un vaste espace pour m’y livrer à mes courses folles, comme je l’avais fait si souvent dans un véritable délire de liberté, et me sentant comme des ailes aux pieds… Je ne fus pas un brillant élève. Mon imagination était trop ardente, mon esprit d’observation trop éveillé, ma préoccupation des caractères trop constante pour que je pusse réciter de longues pages de mémoire.

La musique me fut une consolation. J’avais obtenu d’y consacrer une heure par jour, et plusieurs fois par semaine je recevais des leçons de professeurs du conservatoire ».

Dans « Un Regard sur ma Vie », PIRMEZ nous apprend qu’il devint, de la sorte, dès l’âge de 12 ans, un petit virtuose, dont la précocité étonnait un auditoire d’amis : « Plus tard, je ne voulus plus d’auditoire, et je m’enivrais seul dans mon ramage. Je me sentais transfiguré par la vibration de mes cordes, qui traduisaient avec violence une émotion intime – l’âme chante avant de pouvoir exprimer – et mes émotions étaient partagées par celui dont j’étais l’élève, âme ardente et bien née de la musique, le seul art dans lequel on puisse faire vivement ressentir toute sa tendresse et son humanité ».

Ses parents consentirent à le retirer du collège et à le confier à un précepteur, « ancien professeur de poésie dans un séminaire », qui fut pour lui « plutôt un ami qu’un maître ». Il devint bon latiniste ; en revanche, il n’eut jamais qu’une connaissance superficielle et très incomplète des langues et des littératures modernes ; on ne peut même excepter tout à fait la littérature française, où ses lectures se restreignirent à certaines catégories d’œuvres qui lui plaisaient, parce qu’elles étaient en conformité, soit avec ses convictions religieuses, soit avec son tour d’esprit. Dans ce nombre, sont « les Essais de Montaigne, les pensées de Pascal » pour lesquels il eut une prédilection particulière, certains écrits de Bossuet et des apologistes chrétiens, et parmi les modernes, Chateaubriand, Lamartine et Victor Hugo, qu’il aima et dans l’intimité de qui il vécut longtemps. Il confesse aussi avoir, dans sa jeunesse, connu des poésies de Heine et de Baudelaire, mais il en vint à les détester, comme, en général, toutes les œuvres dont le pessimisme ou l’ironie lui paraissaient malfaisants. Son antipathie pour Béranger, qu’il apparie toujours au latin Horace, procédait de motifs analogues. Il n’avait guère lu les grands romanciers du 19e siècle, et il s’en consolait aisément. Son exclusivisme n’épargne ni Corneille, ni Racine, ni Molière; de même les grands classiques du 18e siècle doivent l’avoir laissé indifférent, et, lui qui a tant d’obligations à J.-J. Rousseau et qui offre tant d’affinités de nature avec l’auteur d’ « Emile », le nomme au plus une ou deux fois dans ses écrits. Des retranchements si considérables, et qui étaient volontaires, ne pouvaient ne pas influer sur le cercle de pensées où se mut Octave PIRMEZ, il en advint, comme de nécessité, qu’il fut un contemplatif, tourné vers le divin, vers la nature et d’une sensibilité directe et toujours éveillée ; qu’il n’eut guère d’attraction vers l’artificiel dans les arts, et vers les créations fines, gracieuses, ornées et complexes, dont le talent est la source unique.

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© Alain GUILLAUME – 6 juillet 2025.

 

 

Acoz et Lausprelle dans la presse régionale en 1945

Tous ces articles ont été puisés dans la « GAZETTE DE CHARLEROI » et le « JOURNAL DE CHARLEROI ».

 

9 janvier 1945

CONSEIL DE GUERRE

Samedi 13 janvier 1945 : Eugène WAUTELET, rue Charnoy à Acoz, pour recel d’essence américaine.

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27 avril 1945

PINCÉ EN FLAGRANT DÉLIT

Roger GENOT, rue Pré Barré 1 à Joncret, travaillant au dépôt américain d’Acoz, a été surpris par la police militaire alors qu’il était en train de voler des marchandises. Il a été mis à la disposition de M. l’Auditeur Militaire.

Précisions

Suite à la libération de septembre 1944, le site des anciennes usines de Moncheret est occupé  par l’armée américaine qui y installe un dépôt de ravitaillement. Capturés après les débarquements de Normandie (juin 1944) et de Provence (août 1944) et lors de l’avancée des Alliés sur le continent européen, des prisonniers de guerre allemands, jeunes pour la plupart, y sont occupés. A la fin du conflit, certains ne sont pas rentrés en Allemagne et sont restés dans la région où ils ont trouvé de l’emploi et fondé une famille. De même, certains civils des alentours d’Acoz ont également travaillé pour les Américains.

Lucien SAINTHUILE m’avait raconté que l’armée américaine était dotée de gros camions de marque GMC et BEDFORD pour le transport des marchandises de ravitaillement. Ils étaient conduits par des soldats noirs qui roulaient fond de train à travers les rues du village.

Joseph VANDENBOSCH avait racheté un de ces camions. En 1955, en descendant la rue du Madjuster (actuellement rue du Centre), les freins ont lâché, l’engin a traversé l’actuelle rue de Moncheret pour terminer sa course contre le bac en pierre posé sur le trottoir de mon actuelle habitation (n° 24). Une pompe était fixée à la façade. On y distingue toujours la pierre dans laquelle était scellée cette pompe.

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28 avril 1945

NECROLOGIE

Funérailles officielles d’un héros de la résistance

Les funérailles officielles d’Albert QUINET, né à Acoz le 1er juillet 1901 et fusillé par les Allemands le 29 mai 1944, inhumé au charnier de Jumet, auront lieu le samedi 28 courant, à 10 heures, à l’église Saint-Antoine de Charleroi Ville-Basse.

Les membres des groupements de résistance du bassin de Charleroi sont priés d’assister nombreux à l’enterrement d’un camarade de combat.

Réunion à la mortuaire : Maison NICETTE, place Albert 1er 21, Charleroi, à 9 heures 30.

Cet avis tient lieu de faire-part.

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23 mai 1945

Nous apprenons la mort de Monsieur le Baron Hermann PIRMEZ, décédé au camp de Dachau (Allemagne). Une messe a été chantée pour le repos de son âme le mardi 22 courant à 9 heures, en l’église Saint-Martin, à Acoz.

Ce présent avis tient lieu de faire-part.

Château d’Acoz.

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17 juin 1945

SOUVENIRS DE 1940

Le Baron de DORLODOT nous adresse une nouvelle lettre :

Acoz, le 14 juin 1945

Monsieur le Directeur,

J’apprécie, croyez-le bien, la courtoisie de vos commentaires. Mais que vous êtes mal informé à mon sujet ! Et comme vous devriez lire les Annales Parlementaires… Je suis donc obligé, une fois de plus, de vous demander de faire paraître, dans votre journal, une rectification à la place occupée par votre réponse.

Et tout d’abord, si je n’ai usé du terme « suspect » à l’adresse de « Voilà », c’est par déférence pour « La Dernière Heure », puisqu’elle croit pouvoir se réclamer de cette publication pour attaquer un parlementaire.

Ceci dit, et à l’opposé de ce que vous pensez, je n’éprouve aucune « horreur » pour la démocratie. Je suis au contraire si attaché au parlementarisme que j’ai souvent déploré son mauvais fonctionnement. C’est ainsi que j’ai pu dire, notamment au Sénat, le 17 juillet 1936 : « que de tous les moyens inventés à ce jour pour gouverner les peuples, le régime parlementaire pourrait bien être le moins mauvais. Je regretterais sa disparition, ajoutai-je, car à mon sens le plus honorable des modes de gouvernement et ce serait, en même temps, le moins mauvais, si chacun prenait sa tâche au sérieux ».

J’en viens pour terminer à ce que vous écrivez au sujet de la publicité de « La Dernière Heure », que j’apprécie à sa juste valeur. Vous me soupçonnez, à tort, de vouloir l’utiliser gratuitement, car… j’en n’ai pas besoin. En effet, par suite de la pénurie de papier, qui limite le tirage de mes livres, les quatre premières éditions ont été épuisées, chez l’éditeur, dès leur sortie de presse. Il est permis de penser qu’il en sera de même pour le prochain volume, qui traitera de Limoges et de la capitulation. Toute réclame est donc superflue… même dans « La Dernière Heure ».

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments distingués.

                                               (signé) Baron René de DORLODOT.

Nous nous félicitons d’avoir provoqué cette déclaration d’attachement au parlementarisme.

Nous espérons qu’il durera toujours et que nous verrons, le cas échéant, Monsieur de DORLODOT, se signaler comme adversaire de l’absolutisme.

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21 juillet 1945

AVIS INDIVIDUEL

Je soussigné DUBOIS Gilbert, rue des Ecoles 188 à Acoz, prisonnier politique rentré le 6 mai, ne reconnaîtrai pas les dettes que ma femme PIRLET Marguerite a pu ou pourrait contracter. Celle-ci ayant quitté le domicile conjugal le 22 mai 1945.

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27 juillet 1945

ACOZ-LAUSPRELLE : UN ÉVÉNEMENT BALLANT

Nous ne doutons point que ce sera un grand événement sportif ce grand concours de jeu de balle au tamis qui, dimanche prochain 29 juillet à Lausprelle, à l’occasion de la ducasse, opposera Biesme et Hanzinne nouvellement reconstituées avec des jeunes qui promettent encadrant des chevronnés excellents de la Ligue de l’Amateurisme, à notre jeune équipe dans laquelle nous retrouverons  Jules NICOLAS, champion de 1ère catégorie B de 1941 et Fernand ADAM de la fameuse équipe de « Mouchets » des environs de 1930, épaulés par un « trio » qui s’est fait du bras et de la main à la pelote… et qui prend actuellement le tamis et le gant de corne.

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14 août 1945

UN COSTUME COMPLET ET DES CHAUSSURES

Le service d’intendance de l’armée va se charger de distribuer à chaque prisonnier de guerre non de carrière, y compris les officiers de réserve, le tissu et les accessoires nécessaires à la confection d’un costume civil et une paire de souliers. Il importe que les intéressés fassent connaître de toute urgence la pointure des souliers qui leur conviennent en mentionnant leurs nom, prénom et adresse exacte. Le bureau de comptabilité militaire établi au 51 rue de l’Usine à Couillet est chargé de recueillir les renseignements des prisonniers habitant les localités de la région.

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27 août 1945

AVIS AUX FORAINS

Les forains désireux d’obtenir un emplacement pour les Fêtes de la Victoire des 15, 16, 17 et 19 septembre sont priés de faire parvenir leur demande au plus tôt au comité organisateur, rue de Villers 107 à Acoz.

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6 septembre 1945

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15 septembre 1945

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23 septembre 1945

ACCIDENT DANS LA COTE D’ACOZ

Dans la côte d’Acoz, entre Acoz et Gerpinnes, un camion de la firme GAROT-DELIRE de Châtelet est entré en collision avec un tombereau de betteraves. Le convoyeur de ce tombereau, Monsieur Georges BERGER, d’Acoz, assez grièvement blessé aux jambes, a été transporté à l’hôpital de Gilly.

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23 novembre 1945

CONSEIL DE GUERRE DE CHARLEROI

Adolphe PETINIOT, 21 ans, rue des Dames 52 à Acoz-Lausprelle, SS Wallonie, est condamné à la détention perpétuelle.

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8 décembre 1945

ACOZ – NOS ROUTES

Par ces temps de gel et de neige, les routes glissantes sont un danger pour la circulation. Pendant l’occupation, le service communal intéressé avait à sa disposition de la fine cendrée pour remédier à cet état de choses. A présent, l’administration communale se désintéresse complètement de la sécurité du public.

ACOZ-LAUSPRELLE – ON ATTEND

La population est étonnée que les services compétents n’aient pas encore, depuis le 4 octobre, fait le nécessaire pour la distribution des pommes de terre. Est-ce la répétition de l’année écoulée ? La population souhaite un peu plus de conscience et de célérité de la part des responsables, dans l’exercice de leurs fonctions.

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12 décembre 1945

ECLAIRAGE PUBLIC

Notre commune est une des dernières si pas la dernière de la région où l’éclairage public n’est pas encore rétabli. Ceux qui dirigent la commune et qui se croient seuls compétents et indispensables ne pourraient-ils pas s’en occuper ?

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15 décembre 1945

MONSIEUR LE BARON N’EST PAS CONTENT

Monsieur le Baron de DORLODOT n’est pas content : mais là, pas content du tout, du tout, du tout ! Na.

 Et il ne l’envoie pas dire à « La Cité Nouvelle », qui ne s’en porte pas plus mal pour cela.

Mais de quoi s’agit-il ?

Le 9 octobre, le journal bruxellois annonçait que le Baron de DORLODOT était menacé de suspension, pour sa conduite sous l’occupation, et l’article portait ce titre : « Le Baron de DORLODOT, bourgmestre discutable ».

« Ce titre est inadmissible » écrit Monsieur le Baron, « car jusqu’à présent, à ma connaissance, je n’ai pas été discuté comme bourgmestre, que par vous et par les Allemands dont une ordonnance m’a empêché, pendant plus d’un an, d’exercer les fonctions que je tiens depuis bientôt 25 ans sans aucune interruption de Droit ».

« Ouais ! » répond « La Cité Nouvelle ». « Ne jouons pas sur les mots : c’est au titre de conseiller communal d’Acoz – et non au titre de bourgmestre – que la province de Hainaut a ouvert une information contre Monsieur de DORLODOT ».

Quant à parler de fonctions ininterrompues de Droit, c’est une explication  plus qu’alambiquée, car si c’est à sa fonction de bourgmestre qu’il fait allusion, Monsieur de DORLODOT ferait bien de se relire lui-même. Il n’est, en effet, qu’un esprit comme le sien pour arriver à expliquer aux gens qui veulent bien le croire, qu’il est possible à un homme, fût-il baron, d’être bourgmestre sans l’être ou de ne l’être pas, tout en l’étant. Il faut croire que Monsieur ROMSÉE lui-même n’était point parvenu à comprendre puisqu’il a cru devoir, dans le temps même où il cassait certains bourgmestres pour que chacun se rappelle, réinvestir Monsieur de DORLODOT dans des prérogatives mayorales.

Pendant des semaines dans « Le Rappel » Monsieur de DORLODOT a brassé du vent. Jamais on ne vit patriote faire autant de bruit que celui-ci pour démontrer qu’il fut un patriote.

C’est peut-être pour cela et pour d’autres raisons encore que Monsieur de DORLODOT, qui se proclame indiscutable, est, dans sa propre commune, si passionnément discuté : car pour un bourgmestre indiscutable, il n’en est certainement pas, en Belgique, de plus discuté.

Allez donc faire un petit tour à Acoz et vous nous en direz des nouvelles. Et si vous voulez un tuyau pour mettre les gens en veine de confidences, demandez que l’on commence par vous conter l’histoire du lot mirifique offert par le baron pour la tombola des prisonniers de guerre. Le gagnant n’a jamais été prendre livraison de ses dix kilos de rutabagas !

                                                                       RIPATEAU

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© Alain GUILLAUME – 31 mai 2025.